Afin d’endiguer l’absentéisme galopant de notre belle collectivité, Grand Chef Sioux eut un jour une idée de génie : installer une pointeuse ! Les agents
badgeraient en arrivant et en partant et la perspective de débarquer dans des bureaux déserts pour cause de beau temps ou de crise de flemmingite aigüe serait définitivement
obsolète.
S’il est des lieux où souffle
l’esprit, je pense pouvoir affirmer que Grand Chef Sioux les évite comme la peste. Le fait qu’il pense qu’obliger les agents à pointer deux fois par jour les incitera à rester entre les deux
révèle en effet le faible sens des réalités de notre grand chef bien naïf.
S’attaquer à l’absentéisme de la collectivité
en installant des pointeuses…Autant décider de vider l’Atlantique avec une cuillère à café…
Comme toutes les
grandes règles, l’obligation de pointer a évidemment ses exceptions. Tous les agents de la collectivité sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. Par conséquent, les directeurs ne
pointent pas. Car si cette fonction est en réalité le résultat d’une faculté peu commune de reptation devant le Don, elle représente, aux yeux aveugles du Grand Chef leur extraordinaire
dévouement (dévotion) au Service Public. Pourquoi les faire pointer alors que leur vie entière est consacrée à la promotion du Service public et que les lois de Rolland sont leur
credo ?
Ces VRP du Service Public, ces hérauts de la fonction publique ne sauraient être soumis à la pointeuse… leurs subalternes à l’esprit mesquin et étriqué – vénaux
individus plus impliqués dans l’organisation de leurs prochaines vacances que dans la rédaction d’une note relative aux conséquences de la déforestation de l’Amazonie sur l’écosystème du
rond-point de la commune de Chantepoule sur Dronne - n’en seraient qu’ humiliés.
Parfaitement.
Humiliés.
Humiliés
de voir que pendant qu’ils s’acquittent que leurs 38 heures de présence réglementaires, les directeurs en abattent 80, (déjeuners d’affaires entre collègues au restau du coin – c’est un déjeuner
d’affaires car la collectivité le paie - et entraînements à la salle de sport du quartier inclus, on n’est pas des bêtes.).
Et qu’on n’aille pas dire que c’est parce
qu’ils n’arriveraient jamais à comptabiliser 38 heures de présence entre leur déplacement tous frais payés par la collectivité à un séminaire au Maroc et une journée de réunion au bord de la
mer.
Ce serait méchant.
Parfaitement vrai, en l’occurrence, mais méchant.
Bref, officiellement, afin de ne pas mettre mal à l’aise la plèbe territoriale, les directeurs ne pointent pas.
Pangloss trouvait que tout était pour le
mieux dans le meilleur des mondes. Pour GCS, la pointeuse sert à remettre les ouailles dans le droit chemin. Chacun ses aveuglements, après tout.
Jiminy Pointeuse installée pour endiguer la
paresse dans la collectivité. Une idée théoriquement séduisante, mais extrêmement viciée en pratique.
Parce qu’évidemment, quel agent oserait
pointer en survêtement tôt le matin et rentrer chez lui se recoucher toujours en survêtement?
Je vais vous étonner, je ne suis pas la
seule à avoir eu cette brillante idée.
En réalité, nous sommes très nombreux.
Mais certains ont eu une idée encore plus démoniaque que je regrette de ne pas avoir eue. Pour les plus flemmards d’entre nous qui ont du mal à se tirer des
draps, même si c’est pour y retourner moins d’une heure plus tard, il faut se trouver une alliée de pointeuse.
Quelqu’un qui dispose des codes d’accès aux décomptes horaires individuels.
Bref, un complice à même de bidouiller le
système pour faire croire que, si, si à l’heure où blanchit la campagne, ils étaient postés devant leur PC, en plein travail et non dans les bras conjugués de leur conjoint/chat/ours en peluche
et de Morphée.
Dans un élan de méconnaissance évidente stratégique, la DRH a confié la gestion du temps aux secrétaires, les investissant ainsi du pouvoir absolu. Le temps, c’est de l’argent, comme disait
Picsou (je sais, on a les références qu’on peut). A croire que Picsou a commencé sa carrière non au Klondike, mais dans ma collectivité.
Car la
secrétaire en charge de la chronotique rembourse actuellement sa piscine grâce aux pots de vin touchés pour bidouiller la pointeuse.
Je plaisante. Elle est uniquement dédommagée en cadeaux divers et variés.
Toujours est-il que s’il faut être dans les bonnes grâces d’une personne dans ce service, ce n’est certainement pas dans celles de The Boss, de L’intrigante ou même du Grand Chef Sioux. Non, il faut avant tout avoir une alliée de la pointeuse.
L’une de mes grandes passions, au-delà des séries télé et de la lecture, c’est le vintage. La première fois que j’ai rencontré Jeanne, je me suis dit « Brassebouillon, arrête de courir les vide-greniers à la recherche d’un sac à main ou de bottes vintage, la pièce maîtresse de la collection est devant toi » : Jeanne, la secrétaire vintage de the Boss. Un corps habillé de fringues tout droit sorties de Beverly Hills – la série avec Brandon et Brenda,
Je l’ai traitée avec la même attention qu’un 2-55 chiné aux puces : en s’intéressant à son histoire et en lui parlant de son futur. Lorsqu’elle m’a expliqué qu’elle
savait bien que « ça reviendrait à la mode, les caleçons », occultant par là toute distinction entre un caleçon à fleurs rose et une paire de leggings noirs, je n’ai pas démenti. Je
n’ai cependant pas poussé le vice jusqu’à porter moi-même un caleçon jeannesque, mais, j’ai été très bureautière.
Maintenant, en cas de crise de flemmingite aigüe, je n’ai même plus besoin de me propulser
hors des draps…
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