Mardi 4 mars 2008
Avoir le privilège d’occuper les fonctions gratifiantes de chargé de mission poubelle d’une collectivité ne s’obtient pas d’un
simple claquement de doigts.
Ce serait trop facile.
Il faut travailler d’arrache pied pour avoir la chance de rédiger, au fond d’un placard avec vue sur un mur de béton, de zolies notes de
synthèses dont d’autres s’attribueront la paternité et le mérite (sic : mes notes sont méritoires…on ne se gausse pas !).
Une fois le grand O passé, le lauréat a la joie d’intégrer une école de formation, que nous appellerons l’école de formation des hauts
bureautiers. EFHB, donc.
L’EFHB est une sorte de bande annonce de ce qui se passera – ou plutôt ne se passera pas – lorsque l’aspirant haut bureautier sera nommé dans une collectivité.
Sauf qu’au vu des efforts qu’il a fallu déployer pour en arriver là, accepter cet état de fait n’est pas évident.
Empruntant allégrement l’exemple à l’excellent Blog de Max, voici les cinq étapes d’Elisabeth Kubler-Ross adaptées à la
bureauterie territoriale.
La première étape est elle du choc.

Fraîchement arrivé, le jouvenceau voit des dysfonctionnements partout. La réalité est bien loin du modèle ressassé pendant ses longues années d’études. Mais quelle est donc cette école dans laquelle les intervenants semblent plus soucieux de leur rémunération que de la promotion du Service Public? Et cette collectivité dans laquelle il débute son stage ? Est-ce vraiment normal que les pauses déjeuner durent si longtemps, que les réunions ne débouchent sur aucune proposition concrète, que les week end commencent le vendredi matin dans les collectivités les plus assidues. Du reste, qu’y fait-on, « vraiment »…en fait ?!

Fraîchement arrivé, le jouvenceau voit des dysfonctionnements partout. La réalité est bien loin du modèle ressassé pendant ses longues années d’études. Mais quelle est donc cette école dans laquelle les intervenants semblent plus soucieux de leur rémunération que de la promotion du Service Public? Et cette collectivité dans laquelle il débute son stage ? Est-ce vraiment normal que les pauses déjeuner durent si longtemps, que les réunions ne débouchent sur aucune proposition concrète, que les week end commencent le vendredi matin dans les collectivités les plus assidues. Du reste, qu’y fait-on, « vraiment »…en fait ?!
En découle le refus.

Le sujet est persuadé d’être tombé sur une exception. La plus mauvaise des grandes écoles, la pire des collectivités territoriales. Un ramassis d’amateurs, indigne du Service Public. Comme ici.

Le sujet est persuadé d’être tombé sur une exception. La plus mauvaise des grandes écoles, la pire des collectivités territoriales. Un ramassis d’amateurs, indigne du Service Public. Comme ici.
La troisième étape est celle de la colère au cours de laquelle il cherche à améliorer le système, sans comprendre que le travail en équipe est l’addition, forcément imparfaite, des
personnalités de chacun. C’est le moment de la constitution des « groupes de travail » censés révolutionner le système. Il se sent investi d’une mission divine. Il va tout changer.
Oui, tout changer. Il envoie des mails passionnés à toute la promotion, découpe frénétiquement les articles de journaux spécialisés donnant des pistes de réformes et rédige à la lumière de
l’halogène poussif de la salle informatique des diatribes enflammées. Il dévale les escaliers pour imprimer sa prose, le regard fiévreux, les mains tremblantes : la Vérité est proche.
Ses suggestions n’arrangeant personne, il se heurte à un mur. C’est la 4ème étape : le découragement. Le sujet décide d’en faire le moins possible. De ne plus
s’investir au-delà de ce qu’on lui demande. Arrivé avec vingt minutes de retard, il prend un café et entre dans l’amphi comme un coup de gong, vibrant de rancœur. Il se jette sur la feuille
d’émargement, avec autant d’empressement qu’un drogué sur sa dose de crack et y appose la précieuse signature. Désormais, il fera le strict minimum, voire moins, si c’est possible. Heureuse
coïncidence : c’est précisément ce qu’on lui demande !
Le voilà prêt pour la cinquième étape, celle du marchandage. Il se fond dans le moule, récupérant au passage de petits avantages compensatoires. C’est la glorieuse période de
quémandage de tickets restaurant et autres frais de transport. Car dans la jungle terrible de la fonction publique territoriale, tout se marchande. EFHB -HEC : même combat ! Il remplit
ses feuilles d’état de frais avec passion : il a désormais un but : s’en mettre plein les poches.
L’ultime étape est l’acceptation. Les autres élèves ne sont finalement pas si cons. Il est même content de passer quelques soirées en leur compagnie. Après tout, s’enivrer à la Kro
en se tortillant sur Britney Spears est plutôt agréable. Soirées arrosées, gueule de bois, Aspirine, la vie quoi. Jetant un œil en arrière, il réalise combien il était ignorant. Le monde ne
tourne pas si mal que cela. Et vivement la remise des diplômes.
Je n’ai rien inventé. Ce sont les étapes d’Elisabeth Kubler-Ross. La seule différence, c’est qu’elle ne les a pas établies pour la scolarité à l’EFHB, mais pour la fin de vie.
Juste avant de mourir, vous voyez ? Quand on agonise.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera
publié dans :
La genèse
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