Mardi 4 mars 2008
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         Avoir le privilège d’occuper les fonctions gratifiantes de chargé de mission poubelle d’une collectivité ne s’obtient pas d’un simple claquement de doigts.
        Ce serait trop facile.
        Il faut travailler d’arrache pied pour avoir la chance de rédiger, au fond d’un placard avec vue sur un mur de béton, de zolies notes de synthèses dont d’autres s’attribueront la paternité et le mérite (sic : mes notes sont méritoires…on ne se gausse pas !).
        Une fois le grand O passé, le lauréat a la joie d’intégrer une école de formation, que nous appellerons l’école de formation des hauts bureautiers. EFHB, donc.
        
         L’EFHB est une sorte de bande annonce de ce qui se passera – ou plutôt ne se passera pas – lorsque l’aspirant haut bureautier sera nommé dans une collectivité.
Sauf qu’au vu des efforts qu’il a fallu déployer pour en arriver là, accepter cet état de fait n’est pas évident.
        Empruntant allégrement l’exemple à l’excellent Blog de Max, voici les cinq étapes d’Elisabeth Kubler-Ross adaptées à la bureauterie territoriale.
  
          La première étape est elle du choc. 
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          Fraîchement arrivé, le jouvenceau voit des dysfonctionnements partout. La réalité est bien loin du modèle ressassé pendant ses longues années d’études. Mais quelle est donc cette école dans laquelle les intervenants semblent plus soucieux de leur rémunération que de la promotion du Service Public? Et cette collectivité dans laquelle il débute son stage ? Est-ce vraiment normal que les pauses déjeuner durent si longtemps, que les réunions ne débouchent sur aucune proposition concrète, que les week end commencent le vendredi matin dans les collectivités les plus assidues. Du reste, qu’y fait-on, « vraiment »…en fait ?!
 
En découle le refus.
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            Le sujet est persuadé d’être tombé sur une exception. La plus mauvaise des grandes écoles, la pire des collectivités territoriales. Un ramassis d’amateurs, indigne du Service Public. Comme ici.
 
La troisième étape est celle de la colère au cours de laquelle il cherche à améliorer le système, sans comprendre que le travail en équipe est l’addition, forcément imparfaite, des personnalités de chacun. C’est le moment de la constitution des « groupes de travail » censés révolutionner le système. Il se sent investi d’une mission divine. Il va tout changer. Oui, tout changer. Il envoie des mails passionnés à toute la promotion, découpe frénétiquement les articles de journaux spécialisés donnant des pistes de réformes et rédige à la lumière de l’halogène poussif de la salle informatique des diatribes enflammées. Il dévale les escaliers pour imprimer sa prose, le regard fiévreux, les mains tremblantes : la Vérité est proche.
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Ses suggestions n’arrangeant personne, il se heurte à un mur. C’est la 4ème étape : le découragement. Le sujet décide d’en faire le moins possible. De ne plus s’investir au-delà de ce qu’on lui demande. Arrivé avec vingt minutes de retard, il prend un café et entre dans l’amphi comme un coup de gong, vibrant de rancœur. Il se jette sur la feuille d’émargement, avec autant d’empressement qu’un drogué sur sa dose de crack et y appose la précieuse signature. Désormais, il fera le strict minimum, voire moins, si c’est possible. Heureuse coïncidence : c’est précisément ce qu’on lui demande !
 
Le voilà prêt pour la cinquième étape, celle du marchandage. Il se fond dans le moule, récupérant au passage de petits avantages compensatoires. C’est la glorieuse période de quémandage de tickets restaurant et autres frais de transport. Car dans la jungle terrible de la fonction publique territoriale, tout se marchande. EFHB -HEC : même combat ! Il remplit ses feuilles d’état de frais avec passion : il a désormais un but : s’en mettre plein les poches.
 
L’ultime étape est l’acceptation. Les autres élèves ne sont finalement pas si cons. Il est même content de passer quelques soirées en leur compagnie. Après tout, s’enivrer à la Kro en se tortillant sur Britney Spears est plutôt agréable. Soirées arrosées, gueule de bois, Aspirine, la vie quoi. Jetant un œil en arrière, il réalise combien il était ignorant. Le monde ne tourne pas si mal que cela. Et vivement la remise des diplômes.Chat_bourre.jpg
 
Je n’ai rien inventé. Ce sont les étapes d’Elisabeth Kubler-Ross. La seule différence, c’est qu’elle ne les a pas établies pour la scolarité à l’EFHB, mais pour la fin de vie. Juste avant de mourir, vous voyez ? Quand on agonise.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera publié dans : La genèse
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Vendredi 22 février 2008
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             Taggée par mere-pas-top.mabulle.com/ me voilà à J-1 de mon départ 
pour l’étranger à effectuer un singulier devoir me projeter dans 10 ans.
C’est précisément là où le bât blesse.
            Je n’ai jamais été visionnaire.
             Il existe plusieurs catégories de personnes pour lesquelles je nourris une admiration sans borne : celles qui n’oublient jamais leur carsac lorsqu’elles vont faire leurs courses au supermarché – j’en ai racheté tellement que je pense pouvoir bientôt ouvrir une expo -, celles qui parviennent à garder des Doritos plus de 48 heures dans leur placard sans les manger devant un dvd – oui, même après un repas…surtout après un repas, d'ailleurs - et celles qui ont toujours su ce qu’elles allaient faire de leur vie.
             Mon futur m’est toujours apparu opaque.
              A trois ans, je voulais être  « chauffeuse de montgolfières »
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                 A huit ans, j’avais décidé de vouer ma vie à l’horticulture.

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               A treize ans, le métier qui me semblait être fait pour moi était ORL. A Luchon où j’aurais masterisé l’art de la nébulisation et de la pipette.

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             A dix huit ans, j’entamais des études pour devenir prof d’histoire.

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          Dix ans plus tard, j’ai le vertige, les plantes vertes se suicident à mon approche, la vue du sang et l’odeur des hôpitaux m’écœurent et  je n’ai jamais réussi à comprendre ce que les gamins ne comprenaient pas, rendant vain tous mes efforts pédagogiques.
         Bref, la projection professionnelle n’est pas mon fort. Mon avenir personnel ne m'apparaît pas franchement plus limpide. J’ai toujours su que je ne ferai pas de compromis concernant ma vie privée et que je préférerai toujours vivre seule que mal accompagnée. 
         On admirera la constance avec laquelle je me suis toujours tenue à cette résolution : je vis effectivement seule avec mon chat.
         Bref, me projeter dans dix ans relève pour moi de la science fiction tant j’ai du mal à me projeter au-delà de huit jours.
         Je pourrais dire que dans dix ans, j’aimerais être DGS d’une collectivité, avoir gravi les échelons de la hiérarchie administrative, travailler 13 heures par jour, être reconnue socialement.
         Cela serait raccord avec ma formation.
         Cohérent et logique.
        « Moi, j’ai un plan de carrière parfaitement préétabli, je suis une winneuse. »Forbes.gif
         Sauf que je n’arrive pas à m’en convaincre.
         Dans dix ans, je pense que rien n’aura fondamentalement évolué.
         Parmi mes über-certitudes, je peux juste affirmer que dans dix ans, je n’aimerais toujours pas les endives cuites et les betteraves. Ni le céleri. Ni les légumes en général. Ni les fruits.  Le ipod ou son équivalent de 2018 sera greffé à mes oreilles comme l’ont été avant lui le walkman et le discman.
        Passons à du plus substantiel
        Du point de vue de ma carrière dans la FPT, je pense que rien n’aura évolué du tout.
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         Du point de vue de mes aspirations créatives, je crains que rien n’avance non plus.
         Du point de vue personnel, heu, joker. Passer ses journées dans un placard administratif et son temps libre face à un écran ou un bouquin n’ont jamais permis de développer une vraie vie sociale. Ca se saurait.
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           Maintenant, j’aspire à être démentie. On verra bien dans dix ans...
           
            Sur ce, je vais filer acheter des sachets de congélation : si demain, dans l'avion, me prenait l'idée de fabriquer une bombe avec mon dentifrice et ma crème hydratante, je crois qu'il n'y a effectivement qu'un Ziploc pour m'en empêcher.
           Coconne aurait-elle de la famille dans la sécurité aérienne?!    
         (by the way, je risque de déserter un peu la blogosphère cette semaine sauf si vous entendez parler d'un crash aérien : dans ce cas, ce sera pour plus longtemps et ce post sera définitivement obsolète!)      
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera
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Mercredi 20 février 2008
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Les élus de la collectivité ont quelques heures de vol : ils sont à peine moins vieux que des sénateurs, c’est dire…
Vous voyez Paul Newman dans le Verdict ?
Là :
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Les élus de la collectivité dans laquelle je sévis ont approximativement l’âge de Paul Newman dans Le Verdict, mais physiquement, ils sont son antithèse.
C’eût été trop beau.
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Le problème est que certains d’entre eux ne le réalisent pas.
Qu’ils ne ressemblent pas du tout à Paul Newman.
La plupart d’entre eux se sont tragiquement auto-persuadés que le pseudo pouvoir qu’ils détenaient les rendait irrésistibles aux yeux de femmes. Jeunes de préférence. Parce que la sexagénaire ménopausée et grisonnante, ils l’ont déjà dans leur lit, techniquement. Et comme une cour de flagorneurs leur lèche les Weston à longueur de journée, ils finissent forcément par être convaincus de leur puissance. Et donc de leur séduction.
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Et Fred, mon élu référent ne déroge pas à la règle.
-          « Moi, je tutoie mes services » m’a-t-il expliqué en me prenant par les épaules et en me faisant la bise d’entrée de jeu.
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           Solution A : je suis rentière, je fais ce boulot pour le fun
-          « Et moi, je vouvoie les personnes âgées. Bas les pattes! Burk, dégage!»
Solution B : j’ai des factures à payer et George Clooney ne m’a toujours pas repéré (le con) :
-          « Bonjour, Monsieur. »
-          « Monsieur ! Appelle moi Fred ! On se tutoie »
« Le dossier que nous allons faire passer en séance plénière est bouclé. »


            Fred frétille devant un mollet.
De femme, évidemment.
Je ne pense pas que celui de Louis de Funès dans La Folie des Grandeurs lui fasse grand effet.
Lors de certaines réunions, il m’arrive, dans un moment d’égarement d’abandonner mon jean au profit d’une robe, Fred me couve d’un regard concupiscent pendant toute la durée de la réunion avant de me gratifier d’un sourire niais et d’un regard lubrique. 
           
Solution A : je suis rentière, je fais ce boulot pour le fun
- «  Dis donc, vieux débris, tu crois sérieusement que ta calvitie et ton bide qui déborde de ton pantalon ont quelquechose de glamour ? »
Solution B : j’ai des factures à payer et George Clooney ne m’a toujours pas repéré (le con)
-          « Avez-vous des questions à me poser sur un point technique un peu délicat ? »
 
Ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est de la diplomatie.
(j’ai des factures à payer, dans la vraie vie)
 
Pour se singulariser, Fred n’a pas décidé d’être l’Elu qui travaille ses dossiers à fond et pose des questions pertinentes.
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Non.
Généralement, ce sont les éluEs qui travaillent le plus sérieusement leurs dossiers.
Négligeant également le créneau de l’assiduité aux réunions le concernant, Fred a opté pour le créneau « je suis un people ».
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La première inquiétude de Fred n’est absolument pas de savoir si tel dossier est bouclé. Ces points techniques l’ennuient profondément et il ne s’en cache pas. Lui veut savoir qui prendra les photos lors de la conférence.
Histoire de briefer le photographe sur l’angle à adopter pour le mettre en valeur.
 
Parmi ses nombreux réflexes pavloviens, Fred se redresse et sourit dès qu’il aperçoit ce qu’il pense être un appareil photo. Voici comment durant une bonne heure, il a souri aux séraphins en jetant quelques regards en coin à ...mon ipod.
Nicole Richie a les lunettes oversized, Mary-Kate Olsen les échasses Balenciaga, Lindsay Lohan la bouteille d’alcool. 

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Fred l’a bien compris, le people wannabe a besoin d’un accessoire qui lui soit propre.
L’écharpe rouge ne lui suffisait plus.
Le Don lui avait piqué le cigare.
Fred a donc opté pour la canne.
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Sauf qu’au lieu d’avoir l’air charmeur et gracieux de Fred Astaire, il a l’air d’un grabataire en fin de course à qui on demande toutes les cinq minutes s’il n’est pas fatigué.
Au bout de quinze jours, Fred a jeté la canne et abandonné provisoirement toute velléité hypesque
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Jeudi 14 février 2008
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Comme je l'ai déjà écrit, s'il est un concentré de ratés arrogants dans la collectivité, c'est bien le cabinet.
Ses membres forment un ensemble cohérent de parasites dans la mesure où ils partagent deux grands points communs : ils sont tous aussi incompétents les uns que les autres et sont tous potes du Don qui les a recrutés uniquement pour se constituer une cour de médiocres aptes à l’aduler sans jamais oser critiquer son inaction.
            Pour résumer, les membres du cabinet du Don sont à l’intelligence ce que le cheddar anglais et le bavarois Ancel sont à la gastronomie.
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Parmi ces trous noirs cérébraux, on compte 3 catégories :
- l’aréopage de « chercheurs » dont la plupart n’ont jamais validé leur thèse. Le monde scientifique a très bien survécu à l'arrêt de leurs poussifs travaux, mais ces ratés ont tout de même trouvé un biais pour sucer les deniers publics en se faisant recruter par le Don. 
- le clan des "juristes" dont la légende et le CV officiel racontent qu’ils ont effectivement passé cinq ans dans une fac de droit. Dont ils sont sortis avec un bout de DEUG ou, pour les plus brillants d'entre eux, une licence entière, avant d’être charitablement employés dans la mafia latrinesque. 
- la secte des privatistes. D’eux, on ne sait uniquement qu’ils viennent « du privé », mais jamais ils ne préciseront s’ils ont travaillé dans une banque ou une entreprise de nettoyages de sanitaires.

            La tomate sur le cabinet-cassoulet - une petite saucisse avec pleins de fayots autour© (Anne Roumanoff) – étant le chef de la communication qui réussit l’exploit d’organiser des conférences de presse en oubliant simplement de convier la presse.
 
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Cette mafia décérébrée recèle un nombre conséquent d’alchimistes inversés qui parviennent à transformer les dossiers les plus intéressants en sombres merdes. Ce qui est somme toute logique pour un cabinet.

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 Mais parfois, afin d’arrêter de lécher à blanc le cul de l’Auguste Don, ils récupèrent les dossiers des services, y apposent leur nom et vont porter ce qu’ils n’hésitent pas à appeler le fruit de leur labeur au Parrain.
Voici comment, au-delà de mes extraordinaires fonctions de chargée de mission poubelle, j’ai découvert récemment que j’avais également l’immense privilège d’être nègre du cabinet.
Comme cet honneur aurait facilement pu me monter à la tête, les chiottards ont préféré ne rien me dire.
Tant de prévenance me touche énormément.
La grosse tête est si vite arrivée.
Vraiment, les gars :
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          J’avais décidé de me planifier une semaine de pipeautique et réussi à écarter tous
les empêcheurs de glandouiller en rond. Pour me débarrasser de Coconne et de ses allées-venues intempestives dans mon placard bureau, je lui avais confié une mission d’importance : récupérer mon visa pour un prochain déplacement à l’étranger. Tache qui prend environ une demi heure pour un individu normalement cérébré et qui occupe Coconne depuis trois semaines à temps plein.
 
NB : téléphoner à l’ambassade pour récupérer ce visa sinon, je risque fort de rester coincée à l’aéroport.
 
Alors que je me gaussais des photos artistiques de notre nouvelle First Lady, Classy Lady qui pose nue dans ses bottes pour la presse espagnole et me posais des questions hautement existentielles - Où va-t-elle mettre les pièces jaunes ?-, v’là-t-y pas ma Coconne qui arrive les yeux exorbités, l’air oppressé, les bras chargé d’un épais de dossier.

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-          « Le cabinet vient de me passer un truc, je ne comprends pas, tu peux m’expliquer?»

           J’ai regardé ledit truc et ai réalisé que je pouvais parfaitement lui expliquer.
Normal, c’est moi qui l’avais rédigé.
Ce truc.
Sauf qu’à la place de mon nom, il y avait désormais inscrit celui du conseiller technique en charge de mon secteur.
 
La discussion que j'eus avec The Boss ne servit à rien hormis rajouter un cadenas supplémentaire au placard inconfortable dans lequel il m’avait délibérément installée.
Au moment où il sortit l'argument "ils sont débordés au cabinet", je décidai de me mettre en congés sabbatique cérébral.
            Débordés? Comment pouvaient-ils faire gober à un être apparemment sain d'esprit qu'ils étaient débordés?!
Et soudain, la lumière fût : Ctrl N, "ouvrir un nouveau document", Ctrl A "sélectionner le document ", Ctrl C "copier", Ctrl V "coller", supprimer le nom du pauvre hère qui s’est tapé le dossier et rajouter le leur.  Six manipulations...
           D'où le débordement...

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Pas étonnant que le payeur de la collectivité leur verse autant de primes et d’heures supplémentaires.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Samedi 9 février 2008
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                          Je suis absolument convaincue qu'il existe des consultants de grande qualité, même si, depuis que je suis en collectivité, j'avoue ne pas en avoir rencontré.
                  J'ai écrit ce texte lors de la première semaine que j'ai passée à l'école de formation des hauts pipeauteurs, à un moment où j'hésitais encore entre le rire nerveux devant tant d'âneries et le tapage violent de tête contre les murs en placoplatre de l'amphi.
                 Ceci dit, je n'ai toujours pas déterminé avec précision l'attitude ad hoc.
                 La forme et le rythme sont évidemment très inspirés du magnifique poème de Kipling.
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Si….

Si malgré tes longues études en université,
Dont tu es sorti vaguement diplômé
Tu n’as acquis aucune compétence
Et si ces années de latence
Jamais n’ont eu raison de ton arrogance

Si tu peux être un vrai branleur sans que cela trop ne se voit
Si tu peux powerpointer sur tout et n’importe quoi
Si tu n’as absolument aucune éthique
Ni aucun but dans la vie sauf celui de te faire un maximum de fric

Si tu sais garder ton sérieux
En professant un jargon vide d’un air pompeux
Devant une assemblée de crétins
Que tu toiseras d’un air hautain

Si ton but inavoué
Est d’être un parasite de luxe de la société
Si tu es capable de donner des conseils éclairés
Sur des activités dont tu n’as jamais entendu parler

Si tu trouves des pigeons assez gros
Pour te faire du fric sur leur dos
En leur exposant de belles idées
Pseudo originales et bien policées
Et dont tu n’auras jamais à leur expliquer le bien fondé

Si tu peux exposer de belles théories énigmatiques
Dont au fond de toi tu sais qu’elles sont impossibles à mettre en pratique
Détail que tu omettras de mentionner
Lorsque tu empocheras tes billets

Alors, les entreprises, les administrations et tous leurs présidents
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, sans aucun remords, tu leur piqueras leur argent.
Tu seras consultant, mon fils.


par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera publié dans : Cours de Pipeautique
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Mercredi 6 février 2008
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           En voyant le bateau, j’ai d'abord pensé qu’il y avait eu un problème au niveau du paiement ou que The Boss avait décidé de nous prouver une fois de plus qu'avant d'être notre directeur, il était avant tout un humoriste à l'immense talent : la "Perle des Mers" ne ressemblait en rien à l'idée qu'on se fait d'un bateau.
           Plus précisément à l'idée qu'on se fait d'un bateau qui permet à ses voyageurs d'arriver sans encombre à destination.
Matthieu déclara tout de go qu’après avoir regardé Titanic hier soir il était absolument hors de question qu’il mette un orteil dans ce truc rouillé.
Je ne pouvais pas lui donner tort : comparé à La Perle des Mers, le radeau de la méduse, c’était le Queen Mary 2.
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-                    
« Rolala, mais quelle chochotte, celui-là » déclara Hulkette en montant sur la passerelle juste avant de s’étaler sur le bois détrempé.
-                     « On s’est fait complètement rouler sur l’antidérapant, » expliqua celui que sa casquette identifiait comme « Capt’ain Yves» pendant qu’Hulkette se frottait les genoux en grimaçant.
-                     « C’est parce qu’il faut appliquer deux couches et prévoir 1 litre par mètre carré. Les grains déterminent l’épaisseur de la couche et là, c’est du boulot de gougnafier, » diagnostiqua Monique après avoir examiné attentivement la passerelle. Et comme si elle ne réalisait pas que le timing pour critiquer le dit Capt’ain du tas de ferraille sur lequel nous allions passer plus d’une heure était relativement mal choisi, elle rajouta « ni fait, ni à faire, du grand n’importe quoi. »
 
Captain Yves, vous cherchez un job dans la FPT ? Parce que vous correspondez parfaitement au profil.
 
Il apparut rapidement que ce qui est difficilement supportable sur un plateau de 200 mètres carrés devient rapidement intolérable dans un espace confiné tanguant au milieu de nulle part.
Au bout de vingt minutes, la seule information qui m’intéressait était le temps que mettrait un nageur à regagner le rivage dans une eau à 10°.
 
-                     « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » s’exclama le Montagnard manifestement d’humeur lyrique lorsque La Perle des Mers démarra laissant dans son sillage une traînée de gasoil particulièrement épaisse.
-                     « Capt’ain, ça me fait penser à « ohé, ohé, capitaine abandonné », renchérit Coconne. Afin de nous prouver l’étendue de sa culture musicale, Coconne reprit l’intégralité du tube, immédiatement accompagnée de Gudrun qui, pour une allemande incapable de dire correctement « marchés publics », prononçait particulièrement bien « Des remous des torts en Afrique »
La perspective d'un naufrage m'apparut soudain enviable. 
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Lorsque les Goldineries s’arrêtèrent, la moitié de l’équipage de La Croisière S’Amuse version very low cost se mit à discuter GPS et freins à disques ventilés pendant que l’autre moitié commença à débattre avec passion mode et H&M.
-« 38 européen H&M, ça correspond à un 36, » se mit à glapir Coconne en se tordant le cou pour voir l’étiquette de son pantalon.
- « Non, déclara doctement Cathy, en lissant les plis de son slim taille 34 bien française. « 38 H&M, c’est des tailles européennes. Un 38 européen correspond à un 40 français. »
-« Vraiment ? » Coconne était à deux doigts de la crise d’angoisse lorsque Cathy décida de lui assener le coup de grâce.
-«  Sachant qu’H&M taille très large, tu dois faire du 42/44. »
Faisant mine d’ignorer que Coconne avait commencé à hyperventiler, Cathy continua de développer généreusement sa théorie
-« C’est bien 42/44 pour ta taille et surtout pour ton âge. Comme ça, ton âge et ta taille sont les mêmes !»
Je ne sais pas si c’est la houle ou la réalisation brutale qu’en réalité, elle ne faisait du 38 qu’en H&M taille européenne, mais Coconne décida brusquement d’aller faire un tour sur le pont.
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Peut être pour aller un peu plus près des étoiles...
 
De l’autre côté du radeau de la Méduse, un mugissement se fit entendre :
-« Comment peux-tu préférer Lexus à Mercedes en matière de 4x4, ça n’a rien à voir !! Il n’y a pas débat, c’est ridicule !! »
 
Ce fut ce moment d’harmonie totale et de félicité que The Boss choisit précisément d’immortaliser sur son argentique. Il se découvrit une vocation de paparazzi et shoota tout le monde, parce que « une belle journée comme ça, il ne faudrait SURTOUT PAS l'oublier!! ».
           Ce serait dommage, en effet
 
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             Ah si The Boss n'avait pas mis son doigt sur tous les clichés, quel beau roman photo de ces merveilleux instants entre collègues nous aurions pu faire...

            
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Vendredi 1 février 2008
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           -« Brassebouillon, on y va ? » s’impatienta Hulkette.
- "Mouis!....ô my god, ô my god, ô my god..." 

           Et là, Patricia m’a sauvé la vie.
A force de l’entendre parler psycho-escroquerie pédagogie toute la journée, je réalisai que mon inconscient avait finalement enregistré quelques données 
Une fois ôté les absurdités patriciennes type « lorsque Gustave réclame un bonbon avant le repas, j’essaie de ne pas le frustrer car cela le mettrait en colère contre moi et il ne parviendrait pas à aller jusqu’au bout de son complexe d’Œdipe ce qui nuirait gravement à son développement futur et nuirait à ses relations avec les femmes », - Voir sa mère porter un pantalon en velours vert pomme avec une polaire informe mauve est, à mon avis, largement suffisant pour faire virer misogyne n’importe quel mâle, même en le bourrant de bonbons - la substantifique moelle pseudo psycho-pédagogique me revint à l’esprit : « à chaque fois que Gustave est sur le point de faire quelque chose de mal, je fais de mon mieux pour détourner son attention et à chaque fois que je veux lui faire faire quelques chose, je m’arrange toujours pour lui faire croire que c’est son idée »
 
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Si ces conseils d’appliquaient à des petits d’homme immatures, cela devait coller pour Hulkette.
-                     « The Boss, j’aimerais savoir, le bateau, ce sera avant ou après les exercices qu’a proposé Hulkette ? »
-                     Oui, oui, oui, ce sera quand, le bateau ? commença à piailler l’aréopage de dindes.
 
Sau-vée
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            La réactivité légendaire de l’administration n’ayant d’égale que la poussivité des marchés publics, c’est par un beau mardi de décembre que nous nous en allâmes tout guilleret en séminaire au bord de la mer.
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La matinée étant consacrée à l’exposé du projet de service que j’avais mené, ma présence était à mon grand désespoir requise. J’utilisais cependant cet atout pour inciter The Boss à nous déplacer non dans un bus « tous ensemble, on va pouvoir chanter » comme l’avait généreusement suggéré Gudrun dans un accès de régression mentale, mais par petits groupes dans des voitures individuelles.
 
Il avait gelé durant la nuit, mais cela n’allait certainement pas nous empêcher de profiter de cette escapade au bord de la mer, n’est-ce pas ?
-« C’est quand même dommage, » regretta Coconne, dont la silhouette en maillot de bain était probablement plus proche de celle de Borat que de Gisèle Bünchen. « En été, nous aurions pu profiter de la plage pour bronzer. »
-« Sans compter que pour les exercices, c’est raté, » se désola Hulkette. « Il fait beaucoup trop froid. »
 
J’eus la vision du service en maillot de bain en train de se jeter dans les bras les uns les autres, et pour la première fois de ma vie, j’aimais les marchés publics d’amour.
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            Mon amour pour les marchés publics fut totalement aveugle pendant une heure.
Jusqu’à ce que nous arrivâmes pour prendre le bateau pour être précise.
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Mardi 29 janvier 2008
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            Parfois, The Boss a de bonnes idées.
Enfin…« de bonnes idées », comme dans la phrase dont je vous laisse retrouver l’auteur « j’ai une bonne idée, je vais dissoudre l’Assemblée nationale pour asseoir mon autorité ! »

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           Pas le genre de bonne idée telle, au hasard, « je vais arrêter de prendre BrasseBouillon pour une poubelle à dossiers inachevés et lui confier de vrais sujets intéressants sur lesquels elle pourra s’épanouir ».
Bizarrement, ça ne lui vient pas à l’esprit.
 
Constatant avec une lucidité qui l'honore que son service ressemblait plus à une confrérie de branleurs apathiques et indisciplinés qu’à une équipe soudée dans laquelle toutes les énergies (lesquelles ?!) sont mobilisées autour d’un but commun (autre que la pipeautique rémunérée), le boss décida par une belle matinée de mai d’organiser un séminaire au bord de la mer.
           "Et nous ferons une excursion en bateau" a-t-il précisé sous des tonnerres d'applaudissements.
Car cette idée a immédiatement déclenché une vague (je sais, je file drôlement bien la métaphore) d’enthousiasme. Alors qu’on entend voler une mouche lorsque The Boss demande des précisions techniques sur l’un des dossiers, le thème du « séminaire de cohésion et de motivation d’équipe » sembla immédiatement les inspirer.
Hulkette se trouva particulièrement en verve : les séminaires, c’est ce qu’il se fait de mieux en matière de management, cela remotive les équipes d’une manière inégalée et elle avait des idées géniales d’exercices de sport à nous faire faire.
 
En une phrase, elle avait réussi à concentrer tout ce qui évoque l’enfer sur terre pour moi : management, équipe, exercices de sport.
Je me suis imaginée en jogging, pendue à 2 cm du sol au bout d’une corde accrochée à un plafond himalayesque avec pour consigne « atteindre ledit plafond le plus vite possible ».
 

          newlogo.gif

           Hulkette se lance avec enthousiasme dans la description d’un fantastique exercice visant à déterminer si tu fais vraiment confiance au reste de ton équipe et qui consiste à se laisser tomber en arrière en escomptant que ton coéquipier te rattrape.
Dans un élan d’enthousiasme, elle insiste pour faire une démonstration, là, tout de suite, dans la salle de réunion. Elle se tourne vers moi et me lance « tu tombes et je te rattrape ».
Heu.
Hulkette, ma grande, comment te dire ça, sans te vexer : je ne te refilerai pas mes billets de train à réserver, donc te confier ma colonne vertébrale, c’est niet !
Evidemment, je n’ai pas du tout répondu ceci. J’ai ouvert la bouche pour que l’excuse idoine en sorte et rien ne s’est passé. Je suis restée une bonne minute, la bouche ouverte, genre truite morte sur l’étal, persil offert pour deux truites achetées avant qu’Hulkette ne s’insurge :
-          « Attends, t’as pas confiance ou quoi ? »
Ou quoi ?...
-          « On peut faire le contraire si tu veux. » a-t-elle généreusement suggéré.
Vous souvenez vous d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s ?
Breakfast-at-T-s.jpg
Maintenant imaginez l’exact opposé d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s.
On obtient approximativement ça.

          hulk.jpg
 
Faîtes lui des couettes et vous obtenez Hulkette.
« Donc, je tombe et tu me rattrapes ».
 
Heu.
Hulkette, ma grande, comment te dire ça, sans te vexer : ce n’est pas un manque de solidarité, traite moi de matérialiste primaire, mais si je pouvais conserver mes deux bras, j’aimerais assez.
 
Vertèbres ou bras : lesquels devaient être sacrifiés sur l’autel du séminaire ?
 
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par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Vendredi 25 janvier 2008
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            Il est des lieux où souffle l’esprit.
Plus précisément, il est des lieux où souffle l’esprit dans la collectivité où je sévis.
Vraiment !
Evidemment pas dans le bureau de Coconne, je dois l’admettre. L’esprit aurait plutôt tendance à être aspiré par le trou noir de sa bêtise.
Pas non plus à notre étage.
Pas non plus tous les jours de la semaine.
Il ne faut pas exagérer. Ca reste la fonction publique territoriale.
Non, le lieu où l’on recèle la plus forte concentration de matière grise en action, c’est la cantine de notre Belle Collectivité. Le jour de la réunion des directeurs de la collectivité.
 
Étonnamment, alors que l’endroit s’y prête logiquement nettement moins que dans les bureaux, nous n’entendons parler ce jour-là que de marchés publics et autres conventions de partenariat entre deux mastications de frites grasses et de viande dure comme du caoutchouc.
 frites-ketchup.jpg
Un observateur extérieur qui ne serait pas au fait de ce qui se passe réellement – ou plutôt, de ce qui ne se passe pas – dans les services serait totalement leurré. Quels bourreaux de travail, ces fonctionnaires ! Même pendant leurs pauses, ils discutent boulot !
Ce serait une grossière erreur.
La plupart de ces zélés travailleurs sont en réalité en représentation.
En effet, une fois par semaine, lorsqu’il n’a pas réussi à se faire régaler dans les plus grands restaurants des environs aux frais de la collectivité, le Grand Chef Sioux de la collectivité débarque à la cantoche.
 chef-sioux.gif
Et comme il est proche de ses services, le bougre, il salue tout le monde et serre toutes les mains qui ont le malheur d’être à sa portée.
C’est ainsi qu’il a félicité l’une de mes amies pour son excellent travail dans la collectivité.
Sauf qu’elle n’y avait jamais mis les pieds jusqu’à ce jour.
C’est l’intention qui compte, non ?
 
Bref, au cas où GCS débarquerait, il faut être prêt à dégainer The « it-sujet » qui en un passage furtif de plateau lui fera comprendre l’incroyable atout que vous constituez pour la collectivité mais surtout pour le Reste du Monde. 
          Qu'il se sente privilégié non pas de posséder deux canapés, un lecteur dvd et une télévision à écran plat dans ce qu'il appelle "son bureau" (sic), mais de vous compter parmi ses troupes. Dans la grande guerre pour l'amélioration du service public à laquelle GCS participe activement (ne serait-ce que par la redevance qu'il fait payer à la région pour sa télé), vous devez vous imposer comme son soldat de choix.
 
La semaine dernière, alors que je trempais léthargiquement une frite dans du ketchup sous les yeux révulsés de Gudrun, la food nazie du service, L’Intrigante fut prise d’un violent spasme.
-          Le DGS, le DGS, il est là, il est là… se mit-elle à caqueter le visage déformé d’excitation à la perspective de pouvoir se mettre en valeur.
-          Il est là toutes les semaines. Pile le seul jour où vous déjeunez à la cantine. C’est fou comme coïncidence, nan ? » fis-je remarquer.
-          Gudrun, pensez-vous que nous devrions développer la coopération avec la Forêt Noire ? Compte tenu de nos atouts forestiers, il me semblerait extrêmement judicieux d’établir un diagnostic sur le potentiel économique de cette région. Un peu de benchmarking auprès des autres collectivités ayant développé avec d’autres Länder, » s’écria-t-elle, son ton montant au fur et à mesure de la progression du Chef Sioux vers notre table.
 
Mon regard tomba alors sur Gudrun qui avait une tête à tenter de diviser mentalement 7653 par 345.
Gudrun est allemande et a quelques difficultés avec le français. Etant donné qu’elle s’occupe d’une coopération avec l’Allemagne et ne parle quasiment pas le reste du temps, je soupçonne le service d’ignorer ce léger détail linguistique. La plupart des remarques qu’on lui fait « oh, je vois », alors que son regard effaré révèle que non, elle ne voit rien du tout.
-          « Pourquoi elle parle de Schwarzwald à moi ? me chuchote-t-elle.
-          Weil Schwarzwald ist ein sujet très porteur qui pourrait la faire mousser aux yeux de ce grand dyslexique devant l’Eternel qui nous sert de DGS,  je suggère sur le même ton.
-          Dys was ? Oh, je vois
-          En fait, je voulais dire « atrophié du bulbe et du zob, éclaircis-je.
-          Comme le bulbe de la tulipe ? Et zob ? Oh, je vois. 
fdm_oct07_bulbe-copie-1.jpg
-          J’espère que non, Gudrun, j’espère que non. Bon, voilà le topo : l’intrigante voudrait que le Grand Chef Sioux la remarque. Or, de la même manière que des adolescentes de 12 ans gloussent à l’approche des garçons pour se faire remarquer, l’Intrigante parle fort de sujet qu’elle pense maîtriser à l’approche du Grand Chef. Elle espère qu’il va la remarquer et la féliciter de son excellent travail
-          Mais son travail n’est pas excellent du tout,  objecte Gudrun, dont les connaissances linguistiques ne me paraissent finalement pas si catastrophiques.
-          En France, on a une expression assez révélatrice, c’est ‘au pays des aveugles, les borgnes sont rois’. Les borgnes ce sont les personnes qui n’ont qu’un œil. Cela signifie que l’excellence, surtout dans cette collectivité est quelque chose de très relatif.
-          Oh, je vois. 
 
Et effectivement, Gudrun ce jour-là, vit l’Intrigante exposer au Grand Chef sioux sa brillante idée de partenariat avec la Forêt Noire et ne s’arrêtant que pour pouffer de rire à la n-ième blague vaseuse d’un directeur dont l’unique objectif était probablement de pouvoir manger ses frites avant qu’elles ne soient froides.
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par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Mardi 22 janvier 2008
 Castafiore.jpg
Monica nous vient directement d’Espagne. Depuis six mois qu’elle a investi notre service, je me surprends à reconsidérer ma position vis-à-vis de l’Union européenne : la libre-circulation des personnes était-elle une si bonne idée ?
Car Monica nous a été refourguée par de l’administration hispanique sous le fallacieux prétexte qu’un regard extérieur sur nos pratiques serait bénéfique tant pour la France que pour l’Espagne.
Il fallait vraiment être con pour gober un argument pareil.
Il était donc évident qu’il y allait avoir au moins un Chef sioux pour trouver ça « génial et innovant ».
Et ça n’a pas raté.
 Se voyant déjà érigé au rang de promoteur d’une nouvelle administration dont l’efficacité n’aurait d’égale que son ouverture sur le monde,  le Montagnard a perdu le peu de sens commun qu'il lui restait. Il s’est imaginé en photo dans tous les livres d’histoire, tenant par la main son homologue hispanique, tel un nouveau couple Mitterrando-kohlien au service des collectivités territoriales.
Mitterrand-Kohl-Verdun.jpg


            Et il a dit oui.
Trois jours plus tard, Monica débarquait dans le service et les Espagnols sablaient le champagne. Enfin, ils s’en étaient débarrassé.
 
 Champagne.jpg
 
 
Et l’enfer sonore a commencé.
Une matinée à la supporter a réveillé l’octogénaire acariâtre qui sommeillait - pas très profondément, je l'admets - en moi. Car Monica ne parle pas. Monica caquette, glousse, hurle, klaxonne.
Et oubliez tous les lieux communs sur les horaires espagnols. Parce que le matin, Monica ne dort pas en silence devant son écran d’ordinateur comme tous le service. Nan, Monica a endossé le rôle du coq et chante dès 8h30 (enfin, d’après ceux qui sont dans le service à 8h30).
 
 index-coco.jpg
 
Monica est bilingue. Enfin sur son CV. Parce que dans la vie réelle, c’est moins évident. Personnellement, mes rudiments d’espagnol se limitent aux deux premières leçons de la Méthode Assimil, donc pour commander « una tapa de tortilla, por favor », pas de souci, mais pour communiquer avec Jean-Claude Van Damme version hispanique, c’est nettement plus compromis. Sauf que Monica n’a pas dû réaliser que je ne parlais pas espagnol et s’entête à me faire de longues tirades dès qu’elle me croise.
 
Monica est incapable de finir une phrase sans la ponctuer d’un éclat de rire que vous trouvez rafraichissant les deux premières minutes de cohabitation, mais qui vous donne des envies de meurtre au-delà. Et six mois, ça fait beaucoup de minutes.
Beaucoup trop.
Monica s’entend de loin. De très loin. Du rez-de-chaussée de l’immeuble, de l’autre côté de la rue si les fenêtres sont ouvertes, de l’autre bout de la ville si le vent est fort.
Monica s’enthousiasme pour absolument tout. Elle trouve tout génial : la purée grumeleuse de la cantine, la réunion de service, les nouvelles recharges de l’agenda de la collectivité. Et l’équation Monica contente = Monica encore plus bruyante est douloureusement vraie.
Un téléviseur au son poussé au maximum atteint 60 décibels, un marteau piqueur 90, Monica lorsqu’elle a découvert que Coconne avait déposé sur son bureau trois nouveaux surligneurs a largement dépassé les 100.
Ce jour-là, j’ai réalisé deux choses :
-          Monica s’était fait retirer l’amygdale droite.
-          Pour supporter cette version sous acide du ravi de la crèche, je n’avais pas le choix : il me fallait des boules Quiès. Vite.
 
J’ai foncé à la pharmacie. Arrivée au comptoir, j’ai demandé des boules Quiès très isolantes.
-                     «  Il y a différentes catégories de bouchons d’oreilles », m’a expliqué la pharmacienne. Vous travaillez sur un chantier ?
-                     « Pire. »
-                     « Sur les pistes d’un aéroport ? »
-                     « Largement pire. »
Alors la pharmacienne m’a lancé un regard bizarre et m’a refilé la Rolls des boules Quiès : celles qui transformeraient la misanthrope asociale que je suis en totale autiste.
 
 arceau-anti-bruit.jpg
        
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Le Freakshow
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