Jeudi 17 janvier 2008
...car on pourrait bien entendre que tu ne sais pas t’exprimer.


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         Attention partie chiante, mais instructive

          Dans une collectivité territoriale, les élus sont les seuls investis du pouvoir décisionnel : ils doivent - en théorie et en général, car il y a toujours des exceptions, légales et heu, d'autres plus approximatives... - valider les décisions prises par les services qui se fondent sur une ligne de conduite décidée et votée par lesdits élus.
Dans les communes, le chef des élus est le maire, dans les départements, le président du Conseil général et dans les régions, le président du Conseil régional. Par souci de simplification, nous appelons l’über-élu de ma collectivité Le Parrain.
Don Vito Corleone, voilà.
 
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           La version honnête et à mon humble avis –non partagé, bizarrement – nettement moins sexy du Don…
Sauf que lui n’a pas besoin de marier sa fille en Sicile pour accorder des faveurs à toute la clique de médiocres courtisans qui lui lèchent les bottes à s’en déshydrater à longueur de journée. Toute l’année, c’est népotisme et petits services non stop.
 
Tous les ans, lors de la cérémonie des vœux, avant de pouvoir accéder au buffet dont le coût en nourriture et en serveurs représente facilement le PIB du Gabon, il nous faut subir l’intolérable.
Le discours du Grand Chef Sioux de la collectivité et celui du Don.
Les discours du Don sont rédigés par les éminents cerveaux du Cabinet ce qui explique qu’aucune des déclarations du Parrain ne soit jamais restée dans les annales.
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          Pour reprendre l’expression de Carole dans ses penseesderonde.mabulle.com, s'il en est qui, parmi vous, ignorent le sens réel du terme « euphémisme », je pense à ce titre en avoir trouvé un bon.*            
 
Alors que je râlais, comme à l’accoutumée, à la perspective de subir ¾ d’heure de discours avant de pouvoir piller le buffet des desserts, Monique m’informe que cette année, certains élus ont fait appel à un cabinet de consultants pour les coacher afin qu’ils puissent s’exprimer de manière naturelle.
Un cabinet de consultants, rien que ça…
Mazette ! Peut être aurions-nous droit à un vrai discours cette fois !
-          "Et pas n’importe qui", croit-elle utile d'ajouter. "Ce cabinet a été sollicité par Nagui, et Carole Rousseau pour la préparation de leurs émissions !" 
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           Et là, je me suis maudite
Maudite de ne pas avoir pris mon caméscope pour immortaliser ce qui allait sans aucun doute être le plus poilant de tous les discours du Don.
J’ai arrêté net de râler et me suis ruée, bloc-notes et crayon à la main, dans le hall où l’aréopage d’élus attendait patiemment l’entrée sur scène du Parrain qui serrait toutes les mains qu'il pouvait, parce que le Don, il est vachement proche de ses services.
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            Une fois par an. 
            Ce sont des électeurs quand même!
           
           Je n’ai pas été déçue par les discours et j
’ose donc dire sans exagérer que la forme a été aussi minable que le fond.
Grand Chef Sioux s’est avancé cramoisi, le nez collé à ses feuilles avec l’air confiant et dégagé d'un élève de CE1 chargé de présenter un exposé sur le système solaire alors qu’il n’a toujours pas capté qui tourne autour de quoi.
Il s’est éclairci la voix et a commencé à ânonner, butant à chaque phrase, ce qu’il convient d’appeler un copié-collé du site de citations Evène. Alors qu’il débitait d’un ton monocorde des informations de premier ordre nous concernant directement (« le 9 mars est une date importante car c’est la première étape du Paris-Nice » : et alors ?!), le Don, engoncé dans un costume de créateur et coincé dans son autosuffisance comme des marrons dans le cul d’une dinde - comparaison de saison, merci Desproges - balayait du regard l’assemblée de ses serfs.

          Personnellement, j’ai résisté un bon quart d’heure à l’envie de pouffer en écoutant ce patchwork de citations qui n’avaient en commun que le fait de n’avoir strictement rien à voir avec ce qu’il disait entre.
Je n’ai craqué qu’au moment où il nous a expliqué doctement que « l’eau chaude ne doit pas oublier qu’elle a été froide ».
Certes.
Je suis même restée étonnement zen lorsqu’il a conclu son discours par un vibrant « Je crois que nous sommes exemplaires ».
 
Je vous entends ricaner.
On ne se gausse pas.
Les philosophes grecs croyaient que la terre était plate. 
           
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          Grand Chef Sioux n'est donc pas le seul à croire en des idées totalement erronnées...
           
          Le Don a repris le flambeau et j’ai compris que son discours allait être dans la lignée de celui de Grand Chef Sioux lorsqu’il a débuté par ces mots qui résonnent encore dans ma tête étourdie par tant de profondeur : « l’année 2008 est particulière car elle est bissextile. »
C’est beauté.
 
  * Et pour illustrer ce qu'est un oxymore, vous avez "éminents cerveaux du Cabinet". Deux mots totalement contraires dans une même expression.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Lundi 14 janvier 2008
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            Le mois de janvier est l’occasion de dresser un bilan des activités du service lors de l’année écoulée et The Boss ne déroge pas à la tradition. En grand gourou ès pipeautique, il ne pousse cependant pas le professionnalisme jusqu’à mener cet exercice d’introspection lui-même et préfère déléguer à sa chargée de mission préférée (ok, son unique chargée de mission poubelle) le bilan de cet aréopage de branleurs qui composent son service.
« Quelque chose de succinct, pas plus de cinq pages », croit-il bon de me préciser alors que coincée entre une pile de dossiers et sa machine à café, je prends des notes tout en hochant la tête d’un air entendu.
Cinq…pages ?
Je redresse la tête ahurie.
« Cinq…pages ? »
Tu perds tes bas, The Boss !
Cinq lignes, je peux faire un effort et user de mon légendaire brio dans le maniement de la périphrase et de la métaphore, mais cinq pages…
« Cinq pages...voire dix pages, ne vous censurez pas, » ose-t-il rajouter.
Cinq…pages
Cinq mots – « ils n’ont rien glandé » – suffisent largement à donner un aperçu fidèle de l’activité de l’année écoulée.
 
Voyons voir un peu...
            
          Les chargés de mission ont confirmé leur inutilité.

          Monica la braillarde a battu le record de décibels produit par une seule personne. 
Ses capacités vocales semblent du reste inversement proportionnelles à sa faculté à traiter les dossiers qui échouent sur son bureau, puis, par ricochet à J-2 de leur date de remise, sur le mien.
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Monique a fait exploser la facture de téléphone de la collectivité et confirmé l’utilité de la téléphonie illimitée sans laquelle l’obligation d’équilibre budgétaire de la collectivité aurait joyeusement été piétinée sur l’autel de France Telecom.
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Gudrun a réussi l’incroyable exploit de faire admettre à The Boss qu’elle ne pouvait travailler autrement qu’assise sur un ballon sauteur, faisant ainsi passer le reste des troupes pour de minables rétrogrades bornés s’obstinant à « travailler » sur des chaises. 
            Respect, Gudrun, respect !
Bientôt, je viendrais me prosterner à tes pieds pour que tu m’aides à convaincre The Boss qu’assise autre part que sur les genoux de George Clooney, j’ai de cruelles difficultés de concentration.
A minima, je pense puiser de ton immense sagesse teutonique pour également réussir à me faire offrir en 2008 un trampoline par la collectivité au nom du respect des bonnes vieilles lois de Rolland.
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Tant qu’à Léon, je pense qu’à part la varicelle et la syphilis, il a attrapé toutes les maladies connues à ce jour si l’on en croit le nombre hallucinant de jours de congés maladies pris en 2007. Je ne pensais pas qu’on pouvait attraper la grippe cinq fois en un trimestre. Heureusement pour Léon, celui qui valide les arrêts de travail pense le contraire.
          Joëlle a réussi Nauli en position assise, jambes croisées. Ne me demandez pas ce que cela signifie mais elle avait l’air contente d’elle en l’annonçant en pleine réunion de service. 
Matthieu a pulvérisé le record du monde du plus grand nombre de blagues merdiques et de jeux de mots foireux jamais prononcés par un Homme en si peu de temps. De « ils vont sortir Saw 6 » au répertoire intégral des blagues de Toto, j’ose dire sans exagérer que rien ne nous a été épargné dans le domaine de l’humour vaseux.
 
Le pool des secrétaires s'est illustrée dans l'intéressant domaine de la glande.

           Coconne numéro 1 a battu des records, mais j'ai confiance en elle : 
 je pense qu’elle dispose encore d’une marge de progression non négligeable dans la connerie.
Fatima a fait tellement de pauses cigarettes qu’elle a assuré un avenir financier brillant à toute l’industrie du tabac pour les vingt ans à venir.
 
Au sommet de la pyramide de pipeautique, les trois chefs sioux et The Boss ont multiplié les déplacements dans des endroits tous plus improbables les uns que les autres  - pas un restaurant alentour à moins de 50€ le repas…- sans que jamais nous ne voyons la couleur d’un compte rendu de réunions.
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The Boss s’est placé en pôle position des déjeuners d’affaires les plus longs jamais enregistrés jusqu’alors et s’est fait offrir par la région un nombre hallucinant de gadgets High Tech parfaitement inutiles.
Financés par le contribuable.
C’est ça, vous vous levez le matin pour permettre à The Boss de battre son record de 72 Golf sur son Blackberry
Heureux ?
 72-golf.jpg
 
Il a également battu le record de la pile la plus haute de dossiers non traités en équilibre sur un bureau. Bureau qui permet à l'agent de service chargé de son nettoyage de renvoyer Hercule et les écuries d’Augias au rang de petit joueur lors d'une aimable mise en jambe.
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L’Intrigante a suivi le plus grand nombre de formations possibles sur ses heures de travail et doit donc être quadrilingue allemand, anglais, espagnol, français. By the way, Bill Gates, prends garde à toi ! Avec le nombre d’heures de formation informatique qu’a suivi l’Intrigante, la fin de ton règne est proche.
 
Hulkette a espéré prendre la tête du pôle n°2. Pendant de longs mois, elle a consciencieusement léché les bottes du Chef sioux n°2 et de The Boss, mais s’est déshydratée sans résultat : celui qui devait faire de Chef Sioux un The Boss n’a pas été réélu et son remplaçant a décidé qu’un branleur au QI sans doute moins élevé que sa température rectale ne pouvait décemment pas diriger un service à lui tout seul.
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Finalement, au bout de deux pages de plan, j’ai réalisé que les cinq pages allaient être rapidement atteintes, mais pas forcément très porteuses pour mon avenir professionnel, et ma carrière de chargée de mission poubelle, au sein de la collectivité.
J’ai évité de penser au magnifique Into The Wild, me suis concentrée sur mes factures EDF, mes charges et mon chat affamé et ai opté pour le mail suivant :
 
Bonjour,
            Afin de pouvoir dresser le bilan de l’activité de la délégation, vous serait-il possible de me faire parvenir un compte rendu d’environ une demi-page des réalisations effectuées au cours de cette année ? Je vous remercie à l’avance de votre participation !
Brassebouillon
 
Des fois, j’aimerais être un oiseau
Pour pouvoir cracher de plus haut
(Et surtout sans conséquences…)
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Jeudi 10 janvier 2008
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               Parfois, en collectivité,  il y a effectivement du boulot. Comme la faculté de procrastination des fonctionnaires n’a d’égale que leur fainéantise, les dossiers s’accumulent sans que personne n’ait l’idée de les traiter.
Lorsque les élus sont à deux doigts de la crise d’apoplexie, que le directeur des finances hurle qu’à la prochaine préparation budgétaire il diminuera le budget du service de moitié et que le chef des moyens généraux menace de couper l’électricité de l’étage, alors mes dévoués collègues n’ont plus le choix.
Ils se mettent en quête de recruter des stagiaires pour qu’ils fassent le boulot à leur place. Parce qu’en spécialistes ès pipeautique, les fonctionnaires refusent évidemment de travailler eux-mêmes et puisent donc dans ce gigantesque réservoir de main d’œuvre bénévoles que sont les stagiaires.


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                Ce n’est pas « exploiter », mais « déléguer ». Ils ne glandouillent pas, ils managent, ils forment, nuance.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, notre service est éminemment attractif et des dizaines de CV s’empilent dans à peu près tous les tiroirs du service. Y compris dans le mien, mais la pile ne comportant aucun homme célibataire âgé de 26 à 33 ans candidat suffisamment compétent, je me suis résolue à l’inacceptable : traiter mes dossiers toute seule, tant que les aspirants stagiaires ne ressembleront pas à ça :
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               Malgré mes efforts de discrimination conséquents - élimination systématique des candidates lors du casting recrutement -, nos stagiaires ne sont que des filles.
Pendant plusieurs semaines voire mois, ces dévouées esclaves des temps modernes triment à traiter des dossiers, rédiger des conventions ou des comptes rendus de réunions contre une rétribution que je n’hésiterais pas à qualifier de généreuse : poignée de main mollassonne, tasse de café lyophilisé tiédasse voire  recommandation à la DRH.
Parfaitement, une recommandation à la DRH.
Officieuse, généralement faite au restau du coin, sous la forme d’un sobre et efficace « la nouvelle stagiaire elle t’a un de ces culs. D’en-fer ! Elle porte des jeans super serrés en plus. Faut pas la laisser passer celle-là, c’est une bonne ».

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               Dans la territoriale, c’est le décolleté qui doit être rempli, pas le CV.
               C'est une donnée à bien prendre en compte avant de vous faire ch...à préparer des concours! Une augmentation mammaire est un bien meilleur investissement pour grimper les échelons rapidement...

               Et parfois parmi le flot de stagiaires, nous tombons sur une extraterrestre.
Atterrie par hasard sur la planète FPT, mais qui, contrairement à E.T. n’entend pas « rentrer maison », mais se faire embaucher.
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             Un beau matin, alors que je lisais discrètement l’Elégance du Hérisson le dernier rapport de l’Assemblée nationale sur le programme opérationnel 2007-2013, la toute nouvelle recrue du harem du Montagnard arrive catastrophée dans mon bureau : « décidément depuis ce matin, tout va mal. Je n’ai pas entendu mon réveil et me suis levée super en retard. A 7h00 ! Et lorsque j’ai branché mon fer à repasser, la prise spéciale « fer à repasser » ne fonctionnait même pas ! Tu te rends compte ! »
Oui, je me rends compte.
Je me rends compte que cette fille que je croyais normale se lève naturellement à 7h00 – le milieu de la nuit, donc - et a une prise spéciale « fer à repasser » ?
Une prise spéciale « fer à repasser » ?
UNE PRISE SPECIALE FER A REPASSER ??????
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               J’ai dû mal comprendre.
-                     « Tu as une prise spéciale « fer à repasser » ?
-                      « Ben, évidemment. Sinon, où pourrais-je brancher mon fer à repasser ? » répond-elle ahurie que je puisse lui poser une question aussi évidente.
Personnellement si j’avais une prise assignée à mon fer à repasser et que celle-ci était défectueuse, je ne m’en serais jamais aperçu. Mon fer à repasser a dû me servir 3 fois en 3 ans. Dont deux fois pour repasser le devant d’une chemise me condamnant à garder ma veste durant la réunion que j’animais. J’étais trop à la bourre pour ne serait-ce qu’envisager de repasser le reste.
-                     « Et tu repasses tous les matins ? » demandé-je, incrédule.
-                     «  Bien sûr ! Je me lève, je prends ma douche, je repasse mes vêtements en peignoir, je prends mon petit déjeuner devant les infos, je m’habille, je me maquille et je pars ! » récite-elle avec enthousiasme. « Et toi, tu repasses pas tes vêtements le matin ?»
Tout en bénissant les inventeurs du stretch et du sèche-linge, efficaces inventions permettant à des réfractaires aux corvées ménagères comme moi de paraître à peu près correctement habillé(e)s, j’ai décidé de passer sous silence le fait navrant que 4 matins sur 5, je me rendors après la sonnerie du réveil pas pour les « juste deux minutes » prévues, mais généralement pour 3 bons quarts d’heure. Pas à 7h00 au final. Plutôt 8h55.
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               J’ai délibérément chassé de mon esprit des visions de moi rampant jusqu’à la douche, récupérant les vêtements de la veille en tas par terre et secouant le chat confortablement lové dans mon pull.
J’ai décidé de refouler dans les tréfonds de mon inconscient ma capacité à enfiler mon manteau et mes chaussures tout en jetant une poignée de croquettes à mon chat avant de fermer ma porte et de courir dans mes escaliers.
Et j’ai évidemment omis de raconter l’immuable excuse bidon ressortie tant de fois pour couvrir mes retards en réunion : « les embouteillages ici, c’est pas cro-yable ! Les gens ne savent vraiment pas conduire ! Paris, c’est de la gnognote à côté ! ».
Juste au cas où elle apprendrait que je n’ai pas de voiture et que j’habite à un quart d’heure à pied du bureau.
Alors, j’ai pris un air entendu et ai répondu dignement : « Non, moi le repassage, c’est toujours le soir. »
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Mardi 8 janvier 2008
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Janvier est de très loin le plus saumâtre, le plus grumeleux, le moins pétillant de l'année. Les plus sous-doués d'entre vous auront remarqué que janvier débute le premier. Je veux dire que ce n'est pas moi qui ai commencé.
 Et qu'est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d'imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l'inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise...
 Dieu Merci, cet hiver, afin de m'épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j'ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de «Bonjour à tous», j'ai mis «Bonne année mon cul». C'est net, c'est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.
 (Pierre Desproges)
 
Partir en vacances permet de mettre les choses en perspective et de réaliser que ce qu’on faisait jusqu’alors n’est pas un peu ennuyeux, mais carrément aliénant.
Cela permet également de constater la déroutante faculté d’embellissement de la mémoire. Parce que raconter la dernière gaffe de Coconne entre deux vodkas rend cette dernière attendrissante. La voir débarquer catastrophée dans son bureau parce qu’elle a oublié de mettre du papier dans l’imprimante et qu’elle s’en est aperçue à H-1 minute de la réunion au cours de laquelle vous projetiez de distribuer lesdits papiers n'est pas du tout attendrissant.
               Vraiment pas du tout 
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                Une réunion.
Oui.
Un malheur n’arrivant jamais seul, la rentrée est également le jour de la réunion de service.
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              Mathieu inaugure l’ « année 2008, année de la blague grasse » avec une répétition de « Bon néné » absolument désolante, tandis que Léon se risque à un « heureusement que tu n’as pas pris comme bonne résolution d’arriver à l’heure » en me croisant dans le couloir à 9h30 hors d’haleine, le teint fuchsia, la joue barrée d’une marque d’oreiller récalcitrante.
                En 2008, ils sont comiques, tiens donc!
A peine arrivée dans la salle de réunion, je constate que bien que la plupart des personnes du service ne se supportent pas, tous se tombent immédiatement dans les bras dans un bel élan d’hypocrisie collectif en se souhaitant « Bonne année »
Malgré un langage corporel que je pensais affuté, les ondes « le premier qui m’approche s’en prend une », ne sont manifestement pas déchiffrées par tout le monde et je me retrouve enlacée par une nana à qui j’ai dû parler deux fois en six mois.
 
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Les effusions calmées, chacun s’affale à sa place et The Boss commence son discours.
Dès le début, le ton est donné : « l’année 2008 sera plus calme que 2007 ».
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Vu la trépidante année passée, je ne vois pas comment on pourrait ralentir le rythme sans s’arrêter totalement.
Sauf, bien sûr, à installer des lits pour s’adonner ouvertement et avec la bénédiction de The Boss à l’activité que le service pratique sans doute le mieux : la glandouille.
The Boss se permet tout de même d’émettre une critique : « si vous pouviez, à l’avenir, essayer de placer correctement le papier dans l’imprimante afin que les courriers que je signe ne soient pas imprimés de travers ».
Un murmure de désapprobation parcourt la salle en réaction à cette consigne quasi dictatoriale.
Faire en sorte que les courriers et autres notes soient imprimés correctement ? Méfiance !  Ca commence par les courriers à imprimer correctement et cela va peut être même aller jusqu’à l’obligation de relecture et qui sait de correction des torchons bourrés de fautes d’orthographe notes qu’ils envoient à la signature des élus !!!
Et sans augmentation, ni RTT supplémentaire. L’esclavage moderne en bonne et due forme ! Une honte !
Mais que font le TPI et la Cour européenne des droits de l’homme ?
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par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Vendredi 21 décembre 2007
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Avant d’avoir l’extrême privilège d’être chargée de mission poubelle d'une collectivité, le parcours est dur. Une fois que vous avez passé l’épreuve du grand O, vous intégrez une école de formation durant laquelle, outre assister à des cours d’une nullité sans égale, vous devez effectuer un certain nombre de stages en collectivités territoriales.
Avant de pouvoir exploiter des stagiaires, il faut en avoir été une.
 
Alors que vous rêveriez de faire des stages dans les domaines pour lesquels vous avez une certaine attirance : culture, international en ce qui me concerne, les cadres pédagogiques de l’Ecole insistent pour que vous multipliiez les stages chiantissimes rebaptisés pudiquement « stages fonctionnels ».
Voici comment je me retrouvai dans les couloirs de la direction des marchés publics, à la recherche de mon directeur de stage
Sa messagerie vocale – 15 secondes d’Hung Up de Madonna suivies d’une voix pâteuse enjoignant l’interlocuteur de « me laisser un message…j’vous rappellerai…ou pas » suivi d’un rire des plus gras - m’avait quelque peu intriguée. Les cris de guerre que j’entends du fond du couloir m’inquiètent carrément.
Je tape à la porte et suis accueillie par le Géant Vert.
 G--ant-vert.jpg
 
1.90m, polo vert, pantalon kaki.
Le bon goût vestimentaire fait homme.
- J’ai explosé mon score au Free Cell. 15 parties gagnantes de suite ! m’annonce-t-il extatique.
- ….
- 15!!, insiste-t-il, attendant visiblement une réaction de ma part.
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- Heu…félicitations…c’est pitoyable super.
- Vous êtes qui au fait ?
- Brassebouillon, la nouvelle stagiaire.
- Je vais vous montrer votre bureau. Vous avez un PC avec le Free Cell, rajoute-t-il, les yeux brillants.
 - Quel soulagement.
- Vous allez partager un bureau avec Madame Pellerin, notre assistante achats de fournitures. Le manque de place, vous savez ce que c’est. »
J’opine du chef, affichant un masque de stoïque résignation administrative.
La dite Madame Pellerin a une tête à avoir une pancarte en porcelaine sur la porte de ses toilettes indiquant « c’est ici » et une armée de nains de jardin. Elle m’accueille avec un regard noir, persuadée que j’ai pour ordre de l’espionner et de rendre compte quotidiennement à son supérieur de sa flemme chronique.
- Je travaille en écoutant la radio, j’espère que ça ne vous dérange pas, je n’arrive pas à me concentrer autrement, me prévient-elle d’un ton qui ne laisse aucune place à la discussion. La suite est sous-entendue : « même si ça te dérange, je m’en tape, j’écouterai quand même France Bleue en boucle. »
 
Après le bureau vient ensuite la commande. C’est-à-dire ce sur quoi vous allez plancher pendant la durée du stage. En général, la première fois que vous l’entendez, vous ne comprenez absolument pas ce que l’on attend de vous.
 « Je voudrais que vous élaboriez un guide de procédure des marchés de service de l’article 30 du Code. Le guide MAPA est plutôt bien fait, inspirez-vous en !»
Ma réaction première serait de le mitrailler de questions : « Quel article 30 ? Ca veut dire quoi MAPA ? »
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Ce qui équivaudrait à révéler publiquement (certes, un public bien restreint) mon ignorance et mon incompétence crasses.
La règle d’or, lorsque vous êtes en stage de formation, est de toujours avoir l’air de savoir parfaitement ce qu’on attend de vous. De ne pas grimacer à l’évocation de termes techniques ou de sigles dont vous n’avez jamais entendu parler jusqu’alors. De ne pas demander de précisions. Car votre mission première n’est pas l’élaboration d’un guide abscons que personne ne lira. Non. Votre mission est avant tout de ne pas révéler l’étendue de votre ignorance.
Les techniques de feinte sont variées : hochements de tête, répétition des termes employés par votre directeur de stage, usage abusif des « très bien », « parfait » et si on se sent l’âme intrépide, « je vois parfaitement ce que vous voulez dire et je partage entièrement votre point de vue ». 
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- Je voudrais que vous élaboriez un guide de procédure des marchés de service de l’article 30 du Code. Le guide MAPA est plutôt bien fait, inspirez-vous en !
- Très bien.
Le tout est d’avoir une bonne mémoire pour se souvenir exactement des cigles employés par votre interlocuteur afin de les répéter sans les écorcher sous peine de voir votre couverture révélée.
- Où puis-je trouver le guide MAPA ?
- Sur l’intranet de la DMP. Et tant que j’y pense, allez consulter le CPV des MP. Il y a eu CTP à la DFA qui est assez instructif, je dois dire.
Quand je pense que j’ai refusé un stage à Berlin parce que je trouvais mon allemand lacunaire…
Je note discrètement les codes pour les déchiffrer plus tard.
 
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- Parfait. »
- l’avant projet de CMP 2006 comporte à mon sens de réelles avancées. Inspirez-vous-en.
Le CMP, c’est le Code des marchés publics. Un pavé imbitable modifié en moyenne tous les 2/3 ans. Mon dernier contact avec l’infâme code remontant aux écrits du concours dire que je ne suis pas au point est un doux euphémisme.
            - Très bien. - Oh, et puis, Mademoiselle, surtout, faîtes quelque chose de sexy 
- On parle bien toujours du guide ? 
- Les marchés publics, c’est tellement chiant, que ça n’intéresse personne, commence-t-il.
Comme quoi, on peut porter un polo vert et avoir le sens des réalités, honnêtement, je ne pensais pas
- Alors pour susciter l’intérêt des personnes qui le liront, j’ai besoin de quelque chose d’attractif, de glamour, vous voyez ?
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            Non, vraiment, je ne vois pas comment faire en sorte qu’une commande de ramettes de papier ou la location d’un minibus puissent soulever des montagnes d’érotisme.
  
Bien évidemment, je n’ai pas répondu ça du tout. A la place, j’ai opté pour un hypocrite  « Je vois parfaitement ce que vous voulez dire et je partage entièrement votre point de vue », accompagné d’un vigoureux hochement de tête.
Pauvre de lui, pauvre de moi.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : La genèse
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Mercredi 19 décembre 2007
Previously on Le grand O
 
-          J’ai donc les mains collées dans le chewing-gum (probablement un malabar nature ou un goût « fraise » hyper mâché).
-          Je tremble tellement qu’on pourrait me croire en stade terminal de Parkinson
-          Je m’exprime avec la voix et la syntaxe d’un élève de CP
-          Je suis sur le point de passer l’oral le plus important de mes études
 
pinocchio.png

           Tout en me raclant consciencieusement les mains sur la table, je démarrai mon exposé. Les dix premières minutes se passent relativement sans encombre : dévider un exposé en deux parties/deux sous-parties est un exercice auquel l’apprenti bureautier est rompu.
C’est en général lorsqu’on conclut ledit exposé que les ennuis démarrent.
-                     « Vous avez donc choisi le sujet. » fit remarquer le Président du jury, visiblement doué d’une capacité de déduction particulièrement développée.
 
Dois-je louer ses remarquables qualités de raisonnement ? Ou le remercier de m’avoir suffisamment écoutée pour remarquer qu’effectivement, j’avais choisi le sujet plutôt que le texte.
Dans un souci de diplomatie, je me contentai de hocher la tête.
-          « Pourquoi ? », continue Einstein.
-           « Un texte sur la disparition des bureaux de postes dans les campagnes françaises ? Sérieusement ? Jean-Pierre Pernaut avait-il pris possession de votre esprit au moment du choix des sujets?! »
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Bien évidemment, je n’ai pas du tout répondu ceci. L’objectif étant de réussir ce maudit oral coefficienté 6, je décidai délibérément de lui cacher ma crise d’illettrisme provisoire et improvisai le premier mensonge de ce qui allait se révéler une longue série :
-          « le thème du sujet m’intéressait plus et le texte apportait des questions sur la réforme de la Poste et je ne suis pas très au point dessus. »
 
Le grand O est un peu comme un premier rendez-vous : l’objectif est de se montrer sous son meilleur jour et de montrer qu’on a des valeurs et des intérêts communs. Une sorte de blind date de 40 minutes avec neuf personnes où vous être engoncée dans un tailleur qui vous fait ressembler à une gamine de 5 ans ayant piqué les fringues de sa mère. Pour vous montrer sous votre meilleur jour en partant avec un tel handicap, vous n’avez pas le choix : vous vous devez de mentir. 

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La réaction ne se fit pas attendre. Un éclat de rire gras parcourut les membres du jury.
Réaction à la fois désolante – vous avez vraiment un humour de merde, les gars -, mais réconfortante – cooptation, blagues pourries, tapinage intellectuel : je peux peut être m’en sortir.
 
-           « Vous travaillez dans une collectivité qui accorde des subventions à des travaux de recherches. Que faîtes-vous pour vérifier que vos crédits sont utilisés à bon escient ? »
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           Question classique de « Vis ma vie de fonctionnaire parfait ». Dans la vraie vie, le fonctionnaire normal jette un vague coup d’œil à un rapport annuel bâclé rédigé à la va-vite par le chargé de mission dudit organisme de recherches. Le fonctionnaire parfait étudie le rapport et surtout s’entoure d’un « Comité de pilotage » ou autre « Groupe de travail » bidon pour suivre, mois après mois, les travaux de recherches en partie financés par la collectivité. 
           
           Je décidai de frapper un grand coup:
            -          « Je pense qu’il faut établir un groupe de travail intégrant un Comité d’experts et se réunissant à dates fixes pour des évaluations ponctuelles. Il faut d’abord définir une grille d’indicateurs visant à mesurer des objectifs qui auront été posés par l’organisme de recherche et approuvés par le groupe de travail. Il faut bâtir des tableaux de bord simples et efficaces pour monitorer l’avancée des travaux de recherches. Je crois en la culture de résultats et non de moyens ».
Ebahissement du jury. Même la grenouille de bénitier haute fonctionnaire de gauche semble conquise. Quant au président du jury, il réprime à grand peine un gémissement de plaisir. Début d'orgasme, sans doute. Le grabataire à sa droite est pris d’une crise d’autisme et hoche la tête comme un possédé.
Avant que je n’ai le temps de me poser la question de mon intégrité pendant cet oral, le membre du jury « good cop » (pas de cravate, c’est forcément, le pseudo « gentil/trop cool » du jury) pose sa question.
-          « Pourquoi intégrer la fonction publique territoriale ? »
Je mourai d'envie d’applaudir devant tant d’originalité, mais n’ayant pas décollé d’intégralité du Malabar de mes phalanges, je me contentai de répondre sobrement :
-          « Pour la sécurité de l’emploi et la tune ». Je pense que nous sommes à un tournant de la grande aventure des collectivités territoriales. Les réformes de 2004 nous le montrent du reste. Je veux travailler sur ce formidable terrain que sont les collectivités territoriales. »
D’une voix limite cassée par l’émotion, je rajoute :
-          « C’est un challenge de tous les jours tellement passionnant. Comment ne pas vouloir relever un tel défi ? »
 
Ne ris pas, sinon, c’est la fin. Ne ris pas, ne ris pas. Pense à quelque chose d’horrible. La guerre en Irak, la salade au thon Saupiquet que tu as mangée hier soir, Urgences depuis que George Clooney a quitté la série
 saupiquet.jpg
Le Trop Cool opine avec enthousiasme :
-          « Vous prêchez un convaincu ! »
-          « Quel est l’objectif qui vous tient le plus à cœur ? », enchaine un autre au physique tellement avantageux que je ne l’avais même pas remarqué.
-          « Coucher avec George Clooney  « Comme je suis particulièrement intéressée par tout ce qui a trait finances publiques, je souhaiterais avoir la possibilité de travailler à l’adaptation de la LOLF aux collectivités territoriales. »
-          « Quelle est le type de carrière que vous admirez ? »
-          Jennifer Aniston. Être passé un sitcom à succès à une carrière cinématographique plutôt pas mal, je trouve ça admirable. Et évidemment le duo Bacri-Jaoui. Moi qui suis dotée d’un esprit critique particulièrement développé, je ne trouve rien à redire sur aucun de leurs films. La carrière de Jean-Luc Bœuf est particulièrement impressionnante, DGS de région à son âge. Et quelle qualité d’écriture!Je lis, que dis-je, je DEVORE, absolument TOUS ses articles sur l’évolution des finances des collectivités locales publiés dans la Gazette des Communes. Je pense qu’il est notre modèle à tous. »
 
La Grenouille de bénitier décide d'attaquer :
-                     « Et les réformes de la Poste alors ? », interroge-t-elle avant de se carrer dans sa chaise et d’attendre ma réponse avec l’air bêtement satisfait d’un moniteur d’auto-école guidant un élève trop sûr de lui vers la collision fatale
            -          « Vous voulez une chronologie des réformes depuis l'émission du premier timbre-poste français, le Cérès 20 centimes noir, en 1849 ou uniquement à partir de 1900?
Tassement de l’adversaire qui semble à deux doigts de vomir la moitié de tranche de cake qu’elle a dû ingurgiter avant mon entrée dans l’arène comme en témoignent les miettes qui jonchent sa table.
-          « Vous avez l’air de bien maîtriser le sujet, vous aviez dit que ce n’était pas le cas ! » éructe-t-elle, outrée.
Je décidai de lui asséner le coup de grâce.
-          « Pas autant que je le souhaiterai. Je ne me souviens plus en quel alliage exact est la Mougeotte* »

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-          « Avez-vous une expérience de manager ? »
S’il est bien une méthode de travail que je conchie sur cette planète, c’est bien le travail d’équipe. Conséquence de ma haine des sports d’équipe et de la réminiscence des exposés sur la sexualité des drosophiles ou tout autre thème d’un intérêt au moins égal pendant lesquels, à tour de rôle un élève rédigeait le passionnant devoir pendant que les trois autres s’interrogeaient sur le sex-appeal de Dylan McKay dans le regretté Beverly Hills.
-          « J’apprécie énormément de travailler en équipe. Je trouve extrêmement stimulant de pouvoir composer avec des personnes dotées de qualités différentes. Toutes ces compétences complémentaires. C’est un véritable bonheur et un challenge particulièrement stimulant que d’avoir l’opportunité de bâtir pièces par pièces les éléments d’un dossier complexe à plusieurs. Depuis 1997, je dirige un groupe de soutien scolaire de trois personnes dont moi qui compte à présent 2 gosses de riches dont la bêtise et la flemme me permettent de payer mon loyer un bon nombre d’élèves.
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-          « Quel est votre plus gros défaut ? »
-          Comme si j’allais te le dire, t’es niais ou quoi ?! Bon, ok, alors je suis dépressive, aboulique, je vis dans un monde virtuel et déteste le monde réel, je suis asociale, bon, je continue la liste, parce que, mon grand, je te jure qu’elle est encore très longue. « Je suis très perfectionniste et j’attends des personnes avec lesquelles je travaille une rigueur équivalente et je sais, j’ai conscience, que cela peut engendre une certaine tension au sein d’un groupe. Mais je travaille à régler ce problème. »
-          « Comment ? »
-          Je me bourre de pilules du bonheur pour oublier la médiocrité du monde réel et de ses habitants. « J’assiste à des groupes de travail et regarde comment font ceux qui sont, au regard de leur équipe, des bons managers. Leur méthode, la progression de leur projet, tout ceci m’intéresse énormément. »
 
Le président se tourne vers son confrère et hoche la tête d’un air satisfait.
-          « Très bien, Mademoiselle, c’était la dernière question. »
-          « Au revoir, mesdames, au revoir messieurs. »
 
Voici comment une candidate qui certes physiquement me ressemblait vaguement mais qui était mon antithèse intellectuelles a écopé d’une note qui lui permettait d’intégrer à coup sûr la haute bureauterie territoriale.
 
* Gabriel Mougeot, Sous-Secrétaire d'Etat des Postes et Télégraphes, crée la première boîte à lettre postale publique en 1849, elle était en fonte moulée, de couleur bleue, rehaussée de dorures. Les facteurs la surnomment la «Mougeotte».
Pour la Poste, je connaissais trois dates. J’en ai dit deux et aurai été dans une mouise sans nom, si Grenouille de Bénitier m’avait interrogé sérieusement. Comme on n’est pas sérieux quand on est fonctionnaire, ma stratégie de bluff a fonctionné.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : La genèse
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Dimanche 16 décembre 2007
sablier.gifMalgré votre nouvelle stratégie de dénégation – « le grand O est encore loin, très loin, très très loin, il ne va JAMAIS arriver »-, les six semaines finissent par passer.
Extrêmement vite du reste.
Avant d’avoir eu le temps de lire la moitié de votre pile de Cobast, vous vous retrouvez donc en plein mois de février perdue dans les rues de Paris déguisée dans un tailleur dans lequel vous êtes atrocement mal à l’aise et juchée sur des chaussures à talons qui malheureusement, ne vous font nullement ressembler à Sarah Jessica Parker dans Sex and the City.
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            Vous, ce serait plutôt Ginette Tramont, votre institutrice de CP, l’année de sa retraite.
Celle qui ne se séparait jamais de sa paire de Méphisto. Celle qui allait très bien avec ses bas de contension.
  
Avant de pouvoir gloser sur la certification des comptes par les chambres régionales (j'y tiens!) ou la protection des esturgeons dans le cadre de la politique européenne, il s’agit d’abord de trouver le lieu des réjouissances.
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Parce que les indications figurant sur la convocation pourraient s’intituler « les Parisiens parlent aux Parisiens » tant elles sont absconses pour les Provinciaux.
Après être entrée chez quatre marchands de journaux et ressortie avec à chaque fois avec un quotidien et des indications censées vous orienter, vous finissez par trouver un plan puis – miracle - le centre d’examen. Tout en tassant le Canard enchaîné (« Le centre, situé près de la rue Roland Barthes ? Barthes ?! Nan, c’est Bar-thez-heu, Fabien, pas Roland. Roland !! N’importe quoi ! Ah les femmes…Roland ! »), le Monde (« pas compliqué, vous tournez à droite, deux fois à gauche et à l’intersection, vous allez tomber dessus »), le Parisien (« pas compliqué, vous tournez à gauche, deux fois à droite et à l’intersection, vous allez tomber dessus »), Libé (« alors ça, aucune idée. Mais ce n’est pas ici en tout cas. ») dans votre sac entre les Cobast et le lexomil, vous titubez sur vos talons jusqu’à la réceptionniste qui vous regarde d’un air étrange et vous indique l’étage.
 Ce n’est qu’une fois dans l’ascenseur que vous réalisez que votre jupe a tourné – rapport au fait que depuis deux jours, vos repas se composent quasi exclusivement de café - et que la fermeture éclair est devant et non plus sur le côté.
Encore quelque chose qui n’arriverait JAMAIS à Carry Bradshaw.
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Vous sortez de l’ascenseur et entrez directement dans la quatrième dimension.

            Un univers parallèle peuplé d’anti-vous.
Au lieu du parterre de candidats stressés compulsant frénétiquement leurs cours de finances publiques ou de questions européennes sur lequel vous comptiez légitimement tomber, vous apercevez un groupe d’étudiants, assis sur des fauteuils en train de boire du café en parcourant le journal d’un air dégagé.
Un aréopage de bouddhas en costards.
Une publicité pour Lexomil.
            L'un d'eux se mettrait à léviter que vous ne seriez pas étonnée.
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Avant que vous n’ayez eu le temps de leur demander comment ils font, un huissier vous appelle pour tirer un sujet.
Les trente premières secondes sont atroces. Vous ne savez plus rien. Vous ne savez plus lire du reste. Pourtant, vous devez choisir de traiter le sujet ou le texte.
Comme vous ne savez plus lire, autant éviter le texte, donc ce sera le sujet. Surtout que le titre du texte que vous avez tout de même réussi à déchiffrer vous confirme que celui qui a choisi ce texte a vraiment des goûts totalement différent des vôtres : « l’évolution du nombre de bureaux de poste en France » ne soulevant pas franchement votre enthousiasme, vous vous rabattez sur le sujet. « Les scientifiques vont-ils amener à la destruction du monde ? »
Et il se produit une sorte de miracle. Les heures passées à ingurgiter de la bouillie culturelle s’avèrent ne pas être totalement vaines. Vous avez des idées et des exemples.
20 minutes plus tard, la tête vide et vos feuilles de brouillon pleines, vous pénétrez dans l’arène. 
            Neuf sages, costumes-cravatés discutent, assis autour de trois tables disposées en U

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             Une petite table leur fait face.
             Derrière le pupitre et la chaise sur laquelle vous allez vous affaler asseoir, une armée de spectateurs attendent, avides de voir exactement ce qu’il ne faut pas faire.
Vous voir décomposée les rassure nettement.
 Votre confiance en l’humanité toute ragaillardie, vous avancez d’un pas vers le pupitre. L’huissier chargé de vous accompagner ayant évalué votre niveau de stress vous répète :
« Respirez, dîtes « Bonjour, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs » et vous allez à la table. Attendez avant de vous asseoir. »
Si vous en aviez la force, vous lui rétorqueriez que vous êtes de toute façon en apnée et qu’à part en rampant, vous ne voyez pas comment atteindre le pupitre sur lequel vous allez de toute façon mourir d’ici cinq minutes. Vous vous contentez d’hocher la tête et d’adopter la respiration d’une femme à H-4 minutes de l’accouchement de ses triplés.
Digne et classe.
D’une voix très similaire à celle que vous utilisiez en CP pour demander à la maîtresse de répéter le dernier mot de la dictée, vous vous lancez : « Bonjour Monsieur le Président, Bonjour Mesdames et Messieurs les membres du jury. »
Neuf paires d’yeux inquisitrices se posent sur vous.
Pour éviter qu’elles voient vos mains trembler vous vous agrippez à la table.
            Sauf que...
            C’est quoi ce truc gluant sous la table sur vos mains?!
Ce truc qui colle.
Un coup d’œil furtif à la pâte rosâtre que vous avez sur les doigts confirme vos soupçons.
Le chewing-gum du candidat précédent est à présent collé à votre stylo et à vos mains.
Bubble-gum-copie-1.jpg
Un malheur n'arrivant jamais seul, c'est précisément alors que vous tentez discrètement de vous débarrasser du chewing-gum qui colle vos deux mains, que le président du jury décide de prendre la parole:
« Mademoiselle, nous vous écoutons. »
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : La genèse
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Mardi 11 décembre 2007
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Ayant entériné le fait que cela faisait de toute évidence plus d’un quart de siècle que je macérais dans une inculture crasse, je décidai donc de harceler mes profs afin de leur demander comment éviter une humiliation publique réussir au mieux cette épreuve.
 
-          « Continuez ce que vous faîtes déjà », me conseilla un prof rassurant.
-          «  Je peux continuer de lire Mickey Parade avec Ally McBeal en arrière fond et devenir haute bureautière ?! Cool !! »

Naturellement, je n’ai pas du tout répondu ceci. J’ai décidé d’opter pour une stratégie toute autre : celle de la fille biberonnée dès le berceau par Socrates, Heidegger, Arendt, - et je ne continuerai pas la liste, car vous avez évidemment vu où je voulais en venir- MAIS perfectionniste.



           Bref, l’anti-moi.
 
« Bien sûr. Mais je voudrais savoir ce que je peux faire en plus. »
-          « Je suppose que vous lisez déjà Le Monde tous les jours. »
Drôle de supposition. Alors ainsi, j’ai la tête de l’étudiante qui lit le Monde tous les jours. N’étant pas assez cruelle pour ôter ses illusions à ce brave homme, j’ai opiné vigoureusement de la tête.
-           « Bien sûr, c’est la base.»
J’étais à deux doigts de rajouter un « voyons » condescendant, mais la décence m’en a empêché.
-          « Outre le Monde, je vous conseille de rajouter Libération, si ce n’est pas déjà fait, Le Monde diplomatique, des revues comme Sciences Humaines, Esprit, Commentaires. »
-          « Je suis abonnée à Commentaires ! »
(Yes ! Yes ! Yes ! Bon, ok, je n’ai lu en entier que le premier, et les deux derniers reposent en paix dans leur plastique sous mon lit, mais c’est l’intention qui compte.)
-          « Donc à ces lectures, il faut pouvoir maîtriser l’histoire des pensées politiques, les grandes théories de philo, de socio, les grands évènements, rien de bien méchant, j’avais eu des questions sur le Traité de Westphalie*, la création de l’inquisition**. A ne surtout pas confondre avec l’Inquisition espagnole du XVème siècle***
-          « Ce serait ballot, en effet… Je ne vois pas qui ferait une erreur aussi grossière… »
 
En vérité, je n’ai pas du tout répondu ça, j’ai hoché la tête dignement et suis partie pleurer dans les toilettes les plus proches.
 
M’étant soigneusement épongée, j’ai considéré la page format A4 en pattes de mouche remplies d’ouvrages « à lire absolument », et j’ai réalisé que je pouvais être parfaitement prête pour le grand O.
Celui de l’année prochaine.
Parce que, pour celui-ci, sauf à lire 23 heures sur 24 (il faut réserver une heure pour se lamenter sur son sort et pleurer toutes les larmes de son corps dormir pendant les révisions), pendant les six prochaines semaines, je le sentais extrêmement mal.
 
Alors, j’ai cédé à la tentation.
Aux sirènes des vadémécums de culture générale promettant 1000 réussites aux concours.
Ces manuels qui proposent des prédigérés de tout ce que vous devez (devriez) connaître en matière de philosophie, histoire, socio, anthropologie et autres sciences dont parfois vous n’avez même jamais entendu parler.
La honte.
 
Entre deux crises de nerfs, trois valium et cinq tasses de café, telle le hamster calant ses abajoues de graines, j’ai donc commencé à amasser de manière compulsive les condensés de culture gé en vue du redouté grand O

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Le gourou en matière de culture gé aux concours administratifs, c’est Eric Cobast, qui dans son génie commercial, n’hésite pas à se lancer dans le marketing juteux de l’aspirant bureautier stressé déclinant à l’envi les mêmes fiches de culture générale sous des formats somme toute relativement peu variés.
Sauf que lorsque vous ne tenez debout que grâce au fabuleux cocktail café/lexomil, vos capacités de discernement ne sont plus tout à fait ce qu’elles étaient et dans ce qu’il convient malheureusement d’appeler une de vos phases maniaques AVGO, vous déposez sous les yeux incrédules de la caissière de la FNAC l’intégralité du rayonnage Culture Gé soit les Petites leçons de culture générale, les Leçons particulières de culture générale, Le Manuel de culture générale et L’Anthologie de culture générale.
A ne surtout pas confondre avec les Essentiels de la culture générale… que vous irez acheter lors d’une deuxième offrande aux mânes cobastiennes, en même temps que La culture générale en 2 tomes et l’inévitable Lexique de culture générale.
 
Une fois défalqués le loyer, l’achat du tailleur et la pile de bouquins, il vous reste à peine de quoi acheter un ticket de tramway. Vous mangerez des pâtes et le chat bouffera des croquettes leader price, de toute façon, si vous ratez les oraux, le magasin leader price sera votre QG pendant le reste de votre existence.
Autant s’habituer tout de suite.
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Armée de surligneurs, les boules quiès à la limite de perforer vos tympans, vous ingurgitez sans relâche en évitant de repenser à votre dernier grand O blanc.
Celui où l’examinateur, consterné, vous a conseillé d’aller allumer un cierge à Sainte Rita.
La patronne des causes désespérées.
Connard, va !
 
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Parce ce blog a aussi un rôle pédagogique,
*Traité de Westphalie : 1648
** L'inquisition fut créée vers 1199 par le pape Innocent III. Elle visait à contrer le valdisme, le catharisme, le protestantisme, le judaïsme bref, tout ce qui n'était pas catholique.
*** L'Inquisition espagnole est une juridiction ecclésiastique instaurée en Espagne en 1480, avant la fin de la Reconquista, par une bulle de Sixte IV à la demande du roi et de la reine Ferdinand le Catholique et Isabelle la Catholique.
 
Et oui, je suis allée vérifier sur Wikipédia...
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : La genèse
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