Dimanche 2 décembre 2007
            Bonne question.
En CE1 pourtant, tout était tellement simple : je devais être horticultrice ou ORL, me marier avec Julien, nous aurions trois enfants – 2 garçons, puis 1 fille qu’il faudrait faire attention à ne pas trop gâter. La petite dernière, c’est toujours délicat de trouver le juste équilibre. Pas plus de 4 cadeaux à Noël. Dont un gros. – nous jouerions au Juste Prix et remporterions la Super cagnotte pour meubler notre maison, construite sur un rond point.
 
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Je sais.

           On est con, quand on est gosse.

           Pourtant, je me demande souvent comment cet imparable plan de vie, pourtant écrit soigneusement au stylo plume bleu des mers du Sud (celui qui ne s’efface MÊME PAS à l’effaceur…si ce n’est pas de l’engagement, ça !) sur nos deux cahiers Clairefontaine jumeaux, a-t-il dégénéré ?
           Parce que "dégénéré" est bien le terme : je ne suis jamais passée au Juste Prix (non, je ne regrette rien), j'habite dans une rue piétonne et je ne conserve de Julien qu'une carte de St Valentin offerte en 6ème. Et je suis devenue bureautière dans la fonction publique territoriale.
           
 
Ca n’a pas été par hasard. Encore moins par vocation.
 
Lorsque j’étais enfant, donc, je voulais être horticultrice. Ou ORL.
 
Sauf que question main verte, ça n’a jamais été vraiment ça. La seule plante que j’ai possédée a crevé au bout de trois mois. Je ne me plains pas, Jardiland me l’a remboursée. Le vendeur m’avait garanti qu’ « un ficus, pour démarrer, c’est ce qu’il y a de plus résistant. Je ne connais personne qui en a fait crever un. C’est bien simple, votre ficus crève avant trois ans, je vous le rembourse in-té-gra-le-ment. »

           C’est exactement le genre de défi à la con qu’il ne faut jamais me lancer.
 
 
Jamais.

           Au bout de trois mois, je ramenais une tige tordue dans un pot. Le vendeur mi-effaré, mi-sceptique l’a regardé une bonne minute.
« C’est vraiment le ficus que je vous ai vendu ? »
Il a appelé ses deux collègues qui ont regardé feu Angus, le ficus, d’un air admiratif et m’a remboursé intégralement.
 
Pour ORL, j’ai appris que c’était une spécialité relativement courue. Avec ma chance, au bout de 7 ans d’étude, la seule spécialité qui me serait restée aurait été proctologue. Dur, d’autant, qu’avec du recul, j’ai déjà du mal à identifier l’origine de mon intérêt pour les soins de trous de nez, alors proctologue…
 
Le truc, c’est que j’ai toujours été bonne élève.
 
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            Pas par réel choix. Plutôt par défaut. Pour paraphraser Florence Forestie, je crois qu'il y a deux catégories de filles dans la vie, avec d'un côté, celles qui sont populaires, über-entourées, douées pour la vie à deux, qui dès 3 ans étaient invitées aux anniversaires et seront élues Miss Grabataire de leur maison de retraite et de l’autre, les filles douées pour autre chose, le scrabble, la géométrie spatiale, le macramé...

           Et il est très vite devenu évident que malgré tous mes efforts, je n’arriverais jamais à intégrer la première catégorie.

          Quand vous ne voyez des fêtes d’anniversaire, puis des rallyes que les photos prises par vos amies (malheureusement trop coincées pour en organiser elles-mêmes), que vous êtes nulle en sport, que la grande blague de votre prof de dessin est de faire identifier à une classe entière de collégiens ricanant votre dernière œuvre, je crois qu’être bonne élève est vraiment le seul truc qui vous reste.
 
La bonélèvitude ne mène pas toujours à la fonction publique, mais bonélèvitude + peur pathologique du chômage sont deux facteurs de risque conséquents. 
            Donc pour celles et ceux qui ont des enfants, faîtes extrêmement attention. La prévention, il n’y a que ça de vrai.
 
 
La majorité des fonctionnaires est recrutée par voie de concours. Ce principe permet de garantir l’accès de tous les citoyens à la fonction publique.
Voilà la vraie bonne nouvelle de ce post : vous pouvez tous et toutes devenir bureautiers !!
 
Et si vous êtes bon élève, stakhanoviste et dépourvu de toute vie sociale et d’envie de vacances pendant deux années, alors vous pouvez devenir haut bureautier. Et là, préparez vous à ingurgiter des milliers de pages de droit, d’économie, de finances publiques, de questions européennes avant de les digérer laborieusement pour les recracher en deux parties – deux sous parties à peu près cohérente le jour J.
 
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Que du bonheur.

           Si vous avez recraché correctement vos connaissances, alors vous êtes repartie pour un second round.
 
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            Dans la fonction publique tout est en deux parties. Toute tentative de raisonnement en 3 parties est considérée comme suspect. 
            Pensée unique sur le fond ET la forme...
Thèse/antithèse
Ordonnateur/comptable
Coconne/cerveau
Et dans le cas des concours, admissibilité/admission.
5 épreuves écrites en 5 jours. 6 oraux en 2 jours. Intensif, non ? Pas d’inquiétude, je caricature à peine en disant qu’on a plus bossé en deux jours pendant les oraux que pendant les mois de scolarité qui ont suivi.
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          En fait, les concours de la haute bureauterie, ce sont de véritable anti bandes annonce : ils n’ont strictement rien à voir avec ce que vous ferez – ou plutôt, ne ferez pas – dans votre vie professionnelle.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : La genèse
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Mercredi 28 novembre 2007

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Coconne c’est un peu le Oui-Oui ou la Martine des 5-7 ans, la blonde belge des fans de foot, les soirées post victoire . Je pourrais décliner ses aventures à l’envie sans jamais lasser personne.

Parce que chaque jour, Coconne se lève avec une mission : repousser les limites de la bêtise. Mission qu’elle accomplie avec un talent qui force l’admiration.
N’est pas Coconne qui veut. 
         
         Suivant les bons conseils de The Boss qui, dans son génie étymologique, aime à répéter que « les assistantes sont faites pour assister », avant de hocher la tête d’un air satisfait comme s’il venait d’énoncer la formule du vaccin contre le SIDA, je décidais d’oublier le 'reprographie-gate' et d’inclure Coconne dans le panel d’interrogés de mon questionnaire visant à améliorer le fonctionnement du service.
Parce que, parmi les nombreuses missions qui me sont dévolues, il y a l'élaboration d'un projet de service. D’après la stratégie élaborée par The Boss, ce projet de service sera construit avec l’aide des agents. 
          D’où le questionnaire visant à recenser les besoins dudit service…(Pas besoin d'un questionnaire, une bonne lobotomie et une épilation du poil qui leur sert de canne pour tous devraient déjà améliorer les choses...)
Remarquons au passage le degré de réalisme de The Boss : vouloir améliorer le fonctionnement du service par un questionnaire est à peu près aussi réaliste que de vouloir renflouer le Titanic avec des brassards.
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Déjouant tous les pronostics les plus pessimistes, Coconne me renvoie le questionnaire rempli. Je m’extasie comme il se doit, tout en remarquant qu’elle a oublié de répondre à une question. Rien de dramatique, Coconne, aussi incroyable que cela puisse paraître, est humaine.
Constat terrifiant pour la race humaine, mais néanmoins véridique.

         Mise en confiance, je décide de lui confier une mission d’importance : collecter sous format électronique la quinzaine de questionnaires, l’imprimer et la mettre dans un dossier.
Je mets en police rouge la question oubliée et envoie un mail : « pourriez-vous, s’il vous plaît, collecter les questionnaires du reste du service, les imprimer, et les mettre dans un dossier, sans oublier de répondre à la question en police rouge ? »
Pas le genre de consigne d’une sophistication intellectuelle échevelée.
Sauf pour Coconne.
Qui, au bout d’une heure, débarque dans mon bureau
-                     « Je n’ai pu imprimer les questionnaires qu’en vingt exemplaires, l’imprimante a lâché d’un coup ! » s’énerve-t-elle
-                     « Je m’en suis servi il n’y a pas cinq minutes, et je n’ai pas eu de problème »
 
Coconne me regarde d’un air soupçonneux.
 
-                     « Si vous vous en êtes servi il y a cinq minutes, alors c’est peut être tes documents qui l’ont fait planter »
Une autre caractéristique de Coconne : n’ayant toujours pas choisi si elle devait me tutoyer ou me vouvoyer, Coconne, DJ de la langue française, mixe les pronoms.
La plupart du temps de manière pas très heureuse.
 
-                     « Franchement, je ne crois pas, Gudrun s’en est servi juste après moi et elle marchait. »
-                     « Pas le copieur, je parle de l’imprimante couleurs qui ne marche pas ! »
 perplexe.gif
-                     « Et je peux savoir exactement pourquoi vous avez besoin d’utiliser l’imprimante couleurs ? »
-                     « Ben, pour imprimer en couleurs!!! »
 
C’est assez humiliant d’être prise pour une conne par une über-conne. Je mettrais ça au même niveau d'humiliation que ne pas réussir à grimper à la corde devant une trentaine de ses camarades de classe et de l’instit répétant comme un mantra « croise tes pieds autour de la corde, c’est pas compliqué quand même ! »
(C’est peut être pas compliqué, mais ça et réussir une galipette arrière sans partir à gauche, je n’y suis personnellement jamais parvenu)
        
          Je prends une grande inspiration, finis mon café et décide d’éclaircir ma question :
« Je voulais dire : pourquoi avez-vous besoin d’imprimer un questionnaire en noir et blanc sur une imprimante couleurs ? »
« Il est pas en noir et blanc, il est en rouge le questionnaire !! » répond-elle suffoquée.
« Rouge ?!! Mais qui vous a demandé de l’imprimer en rouge ?! »
« Vous, d’abord, même que j’ai la preuve » s’insurge Coconne en sortant en trombe de mon bureau avant de revenir triomphante en m’agitant sous le nez une copie de mon mail.
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-                     « Pourriez-vous, s’il vous plaît, collecter les questionnaires du reste du service, les imprimer, et les mettre dans un dossier, sans oublier de répondre à la question en police rouge ? » lit-elle. « Ah ! C’est qui qui avait raison ? »
Oui, Coconne a la syntaxe d’une gamine de 10 ans. Parfois, elle en a même les couettes.
Je refoule ma réaction première
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-                     « Répondre à la question en police rouge. Vous aviez oublié de répondre à la question 8, donc pour que vous y répondiez, je vous l’ai mise en police rouge," expliqué-je avec le ton que j’emploierais avec un gamin de 3 ans. Mentalement extrêmement déficient, il va s’en dire.
-                     « C’était pas très clair, il faut dire », se défend Coconne.
 
         Et là, j’ai été impériale. Au lieu d’expliquer en hurlant à Coconne les subtilités de la ponctuation et de la place de la virgule, j’ai pris les documents – rouges, donc -  et au mépris de toute notion de développement durable, les ai mis dans la trieuse et lancé les photocopies.
          J’ai même remercié Coconne. Mon dos me gratte. Je crois que ce sont mes ailes qui poussent.

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par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Lundi 26 novembre 2007
RadioHomer.jpg
Toute ressemblance avec
des personnes ou des situations existantes ou ayant existé est à mon grand désespoir absolument pas fortuite. 
Oui. 
Il existe vraiment des personnes aussi dramatiquement connes dans la collectivité où je sévis.
Je me souviens encore du jour où cette sinistre révélation m’a frappée.
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C’était un lundi, à H-1 d’une n-ième réunion à laquelle je n’avais pu me désister. The Boss avait réduit mon argumentation en miettes en m’expliquant que je ne pouvais me défiler sous le fallacieux prétexte que « c’est vous qui animez la réunion ».
C’est bien The Boss, ça, toujours à pinailler sur des détails.
Bref, à H-1, je n’avais toujours pas fini de boucler le dossier de la réunion.
Parce que dans ma grande faiblesse, j’avoue préparer des dossiers de réunion pour tenter de donner un quelconque intérêt à ladite réunion. J’ai bien dit « tenter », je suis réaliste…
Dans un moment d’égarement, je décidais de demander un coup de main à Coconne numéro 1 et lui transférais donc mon tableau comparatifs des budgets pour reprographie.
Erreur, grossière erreur. Voilà l’histoire
Bien que nos bureaux ne soient qu’à 3 (bons) mètres de distance, Coconne décide ce lundi-là de me poser des questions par téléphone.
« BrasseBouillon ? »
« Non, c’est sa secrétaire »
« Ah bon ? Sa secrétaire ! », s’étonne Coconne.
Oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, Coconne s’est étonnée. Nous ne sommes qu’une douzaine dans le service et Coconne, reliée à la machine à café comme un insuffisant rénal à sa dialyse, passe les trois quarts de son temps face à la porte d’entrée du bâtiment. 
Le quart restant étant logiquement passé aux toilettes du service, pour la raison invoquée précédemment

Une secrétaire ? Nouvelle qui plus est ? Coconne l’aurait remarquée. Et harcelée de questions aussi primordiales que « où est ta place de parking ? J’adôôre ta couleur, c’est quoi ? Tu es bronzée, nan, tu reviens de vacances parce que moi… »
Malheureusement cet instant de lucidité n’a pas duré très longtemps.
« Pouvez-vous me passer BrasseBouillon? »
« C’est moi »
« C’est in-cro-ya-ble » s’est-elle extasiée, confirmant la fin effective de l’instant de grâce  « tu as exactement la même voix que ta secrétaire !! »
 

« C’était l’un des premiers critères.  Il  y a un problème avec les tableaux que je vous ai demandé de reprographier»
« Je voulais savoir, pour le titre je mets quoi ? »
« Vous voyez la ligne au dessus du tableau, centrée et mise en gras ? »
« Ben oui, quand même, je ne suis pas aveugle »
Elle n’a même pas l’excuse de la malvoyance.
« Donc cette ligne, centrée et mise en gras, c’est le titre en fait »
« Ah… « Comparaison des budgets des collectivités européennes », c’est le titre ? »
« Voilà. »
BrasseBouillon, patience et pédagogie faite femme.  Une voix insidieuse me tire de mon auto-congratulation.
« Mais ces budgets, ils sont en quoi ? »
« Vous voyez ce qu’il y a écrit dans la première ligne à côté de « budget » ? »
« Le truc entre parenthèses »
« Oui »
« Millions »
« Exactement »
« Ah. Et c’est en quelle monnaie ? »
Et là, l’erreur. erreur.jpg


Je ne saurais dire ce qu’il s’est passé, un craquage sans doute. Je n’ai rien vu venir. Je n’ai pas pu me retenir.
De faire un peu de second degré.
« Coconne, ce sont des budgets européens, vous comprendrez donc qu’ils sont libellés en yen ! Ecoutez, maintenant, il faut vraiment que je finisse l’analyse de ces budgets avant de les distribuer dans une heure lors du Comité de pilotage. Nous avons toutes les deux du pain sur la planche, donc on s’y met ! »
 Mme-boulot.jpg
A h-10 minutes de la réunion, je déboule dans le bureau de Coconne
« Puis-je récupérer mes tableaux, s'il vous plaît?! »
« C’est que là, moi j’ai pas fini...»
« Il suffisait de les reprographier sur papier à en-tête, ce n’est pas long… »
« Et la conversion ?! » s’insurge Coconne. « Vous me pensez ingénieur ou quoi ?!»
Nan, ça ma grande, pas de risque.
« Quelle conversion ? C’est du Word, pas du PDF, il faut les sortir en format Word ! »
Coconne me regarde les yeux vitreux. Je me fais l’effet d’être un TER en rase campagne. Avec Coconne dans le rôle de la vache voyeuse.
 Vaches.jpg
« Ben, la conversion des yens vers l’euro ! » s’indigne-t-elle. « Ca prend du temps, et entre nous, des budgets européens en yen, ça n’a pas beaucoup de sens, hein ? Heureusement que je suis là pour avoir pensé à les convertir, ces budgets ! »
Père Karras ? Help !!!!!
Quand on mettra les cons en orbite, Coconne n'a pas fini de tourner. Très, très vite, à mon avis...
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Samedi 24 novembre 2007
Bonux.jpg
Dans la fonction publique, nous avons l’habitude de nous définir comme des « généralistes ».  Nous sommes en théorie formés pour tout faire, et en pratique capables de ne pas faire grand-chose.
Pourtant, dans ma collectivité, nous avons une spécialité.
Parfaitement, on ne ricane pas. Une spécialité.
Il est en effet un domaine où nous pulvérisons tout. Sans EPO, hormones de croissance, amphétamines ni stéroïdes anabolisant.
Juste nous et notre génie.
Car nous sommes tellement doués que ça en est indécent.
Indécent pour les autres collectivités qui, quels que soient leurs efforts ne nous arriveront jamais à la cheville dans ce domaine.
          Les pauvres.
Lorsqu’il s’agit de l’accueil de délégations étrangères, nous sommes les spécialistes des cadeaux pourris.
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Et ce n’est pas une mince affaire : il faut trouver à la fois quelque chose d’esthétiquement abject, de solide pour durer et de suffisamment petit pour que le chef de la Délégation, évidemment tombé en pamoison lors de l’ouverture du napperon en macramé ou de la tapisserie « Biche s’abreuvant dans le courant d’une onde pure par clair de lune », puisse le faire suivre comme bagage à main dans l’avion.
Parce qu’il serait cruel de chercher à le séparer de son cadeau.
Nous ne sommes pas des monstres.
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Contrairement aux apparences, l’assiette en faïence, la demi-pinasse à accrocher au mur ou le CD des plus belles chansons de nos régions n’ont pas été  récupérés au vide grenier de la Motte Beuvron.
Le Service du Protocole (toujours lui…) les a achetés.
Sur le budget de la collectivité.
Des deniers publics.
Vos impôts pour être précis.

Lorsque vous vous lèverez, à l’aube pour aller bosser, répétez-vous comme un mantra cette pensée réconfortante : je travaille pour offrir à des délégations étrangères ceci :
Nain-kitch.jpg
Ca va mieux, non? (Je sais! Une prometteuse carrière de coach professionnel s'ouvre à moi)
Nous avons l’art de dégotter l’objet le plus moche en vente au moment où nous l’achetons. Pas uniquement en vente dans la ville. Non, nous ne sommes pas des petits joueurs, nous !
En vente dans toute la France.
Parce que, souvent, le cadeau, on le commande. ..
Probablement au terme d’une espèce de benchmarking de l’hideux, de tour de France du kitch. Souvent, c’est tellement moche que lorsque le chef de la délégation étrangère le déballe, votre premier réflexe est d’appeler votre tante Ginette, collectionneuse de napperons en macramé pour lui demander si elle n’a pas été cambriolée récemment.

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Je ne sais pas combien le Protocole dépense pour acheter ces horreurs, mais je vous garantis que voir au fur et à mesure du déballage du paquet le visage de l’élu passer de l’appréhension à la honte la plus totale, ça n’a pas de prix
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Lundi 19 novembre 2007
Mue par des pulsions autodestructrices, je décide de me rendre directement au service du protocole.  
Le service du Protocole fait partie du Cabinet de la collectivité, soit le service de personnes directement recrutées par les élus, « de manière discrétionnaire ».
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Pour les fans de The West Wing (A la Maison Blanche), le Cabinet compterait notamment l’équipe de Toby, Sam, Josh et CJ et leurs assistantes.
Vous visualisez ?
Du concentré de matière grise, un dévouement sans borne à leur pays et au bien être de ses habitants œuvrant sous la houlette de Jed Bartlet, prix Nobel d’économie et président des USA...
 
 The-WW.jpg
Ca y est, vous l’avez ?
OK.
Alors, maintenant, vous oubliez tout
Vraiment tout.
Parce que le Cabinet d’une collectivité locale est malheureusement trop souvent à l’intelligence et à l’efficacité ce que les prisons afghanes sont aux droits de l’homme.
Et le nôtre ne fait pas exception.

Pas du tout

Il est même l’exemple type du Cabinet de province où se bousculent les anciens élus incasables, les ‘maîtresses de’ et aussi les ‘fils de’, embauchés au sortir de leur brillante 1ère année de DEUG de droit, à tout juste 25 ans.

 

nepotisme-copie-1.jpg 
 

Bref, le cabinet, dans notre collectivité, porte douloureusement bien son nom. Car pour faire partie de l'auguste cabinet, il faut 4 conditions (pas forcément cumulative. La numéro 3 vous propulse rapidement assez haut dans la hiérarchie, notamment) 
          

      -  être du même bord politique que l'élu qui vous recrute
- connaître LA personne qui va vous introduire dans le sérail. Même principe. Il n’y a pas de concours pour entrer au Cabinet, donc si vous ne vous faîtes pas connaître, il est logique que personne ne songera à vous recrutez.
      - coucher avec un élu.
     - et parfois, avoir eu à un moment donné de votre vie, certaines qualités intellectuelles et rédactionnelles.
 
Jeanine Janson est la fille naturelle de la Castafiore et de Godzilla. A 55 ans, elle a pas mal de kilos en trop, mais la grosse fleur rose ne lui fait apparemment pas peur. Surtout lorsqu’elle peut l’assortir de couleurs abjectes à porter gaies, genre vert pelouse de Wimbledon, rouge terrain de Roland Garros, bleu vif court de l’US Open.
En un mot, raffinée.
Jeanine n’est JAMAIS dans son bureau et je la retrouve logiquement au détour d’un couloir en train de discuter avec une de ses collègues. 
            Le regard noir qu'elle me lance montre que je la dérange clairement.
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-          «  C’est quoi le problème ? », aboie-t-elle.
-          « Il y aurait dû y avoir quelques 50 invitations envoyées en vue du dîner officiel d’accueil de la délégation indienne…et manifestement il n’y a pas.
-          « C’est vous qui m’avez envoyé le mail pour me dire de les faire ? »
Super, elle reconnaît l’avoir reçu. Ce qui m’évite la perspective ô combien pénible de retrouver ledit mail. Finalement, j’ai mal jugé Jeanine. Cette femme extraordinaire à la probité sans faille qui reconnaît que c’est elle qui a fait l’erreur, sans accuser son service, le réseau internet, la conjonction des planètes.
Je n’ai même pas le temps de me flageller mentalement qu’elle commence.
A hurler.
           Et postillonner.
-          «  Je n’aime pas vos manières, c’est du n’importe quoi, je rentre à peine de vacances que vous m’envoyez un mail en m’ordonnant de faire des cartons d’invitation, vous me prenez pour qui ? »
 
(Logique)
-          « Le chef de service du protocole… »
 
-          « Ca suffit, ne jouez pas sur les mots, je rentre juste de vacances, alors… »
 
 (Logique et perplexe : existerait-il dans cette collectivité une loi secrète, selon laquelle après les vacances, il y aurait une période de transition où l'on ne fiche rien avant de s'y remettre ?)
-          « Donc si vous êtes rentrée de congés, vous êtes là et vous pourriez peut être rédiger et envoyer ces cartons… »
 
-          « Je n’ai pas le temps de toute façon, c’est comme ça. »
 
(Résignée)
 
-          « Dîtes moi comment faire et je le ferai»
 
-          « C’est pas comme ça que ça se passe ici ! Vous savez de quoi j’ai besoin d’abord?»
 
(Pensant très fort :  
-          « de lui, de lui, de lui!!karras.jpg Et vite! Parce qu'à mon avis, il est déjà trop tard!!»*
 
Alors que j’avais des visions de moi rédigeant les cartons, cavalant au service de reprographie pour les faire tirer et écrivant les adresses sur les enveloppes, mon sauveur a débarqué. 

-          « Bon, alors, pour la délégation étrangère, c’est calé. Les cartons sont partis, hein Jeanine. Si c’est pas le cas, alors tu files au boulot, tu reviens de 3 semaines de congés, tu dois être au top, là ! Je dois les faire viser avant midi par l’Elu, moi, allez, allez, allez, au boulot!! »

 

          J’envisage de lui faire acheter, lors de mon prochain déplacement à Paris, une boîte Prestige de macarons Ladurée. La taille 4. Sauf que si je n’apprends pas son nom, je vais être obligée de les manger moi-même !

Mais pas souci, je saurai me montrer forte dans cette épreuve

 

* Parce que j'espère que vous n'avez pas tous la même sous-culture que l'auteure de ce blog, le type en photo, c'est le Père Karras...vous savez... l'exorciste, dans le film du même nom!

 

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Dimanche 18 novembre 2007
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Lorsque j’écris qu’en collectivité territoriale, on ne fait rien, c’est faux.
Parfois, en collectivité, on travaille.
Mais uniquement dans l’urgence et de manière totalement désordonnée
C’est un peu comme si tout ce qui nous avait été seriné pendant notre scolarité – « essayer de vous avancer dans votre travail, n’attendez pas la dernière minute ! » - n’avait plus cours. Bref, en collectivité, il faut écouter votre Clotaire intérieur et faire taire Agnan.
            Pour s’y mettre vraiment, il faut un évènement extérieur. 
tsunami.jpg
Au collège, ce serait « cette sadique de prof de latin » qui vous prévient « la veille pour le lendemain » d’une interro sur les TROIS premières déclinaisons…singulier ET pluriel
Là, c’est par exemple le budget primitif à finir de rédiger ou de manière plus exotique l’arrivée impromptue d’une délégation étrangère qui constituent des déclencheurs d’activité particulièrement efficaces.
 
Lorsqu’une délégation étrangère arrive, il faut oublier tout ce que vous avez pu apprendre durant des études et retrouver des réflexes simples : où les loger ? Où les faire bouffer ? Où les trimballer ?
Parce les membres d’une délégation étrangère préféreront toujours regarder Star Ac’ affalés sur leur lit dans leur chambre de Mercure avant d’aller manger du foie gras à une réception officielle plutôt que de vous écouter disserter sur l’intérêt de la certification des comptes des budgets locaux par les chambres régionales des comptes. Débat passionnant de toute évidence.
Et c’est là qu’on se dit qu’avoir appris le modèle IS-LM, les subtilités de l’article 6-1 de la Convention européenne des droits de l’homme et les exceptions au principe de séparation de l’ordonnateur et du comptable était peut être finalement une perte de temps.
Peut-être…
Parce qu’en fait, ce qu’on attend de vous, c’est que vous prépariez les vacances des autres en somme. Alors, on oublie le Code Général des Collectivités Territoriales et on se lance dans l’étude intensive du Guide du Routard.
 Bronz--s.jpg
 
 
 
En règle générale, il y a TOUJOURS un détail à la con qui coince.
           
           
9h00 : l’élu référent téléphone pour demander si tout est calé pour l’arrivée de la délégation. Je réponds d’un ton mi-étonné (comment, pouvez-vous poser une telle question, voyons ?!!), mi-rassurant (Tout va se passer parfaitement) que oui, évidemment, tout est calé.
9h01 : je commence à harceler Michelle l’Efficace pour vérifier que les locations de bus/les réservations d’hôtel/de restaurant ont bien été calées et que les devis retenus ont été envoyés dans les temps.
Michelle me rassure, tout est calé, tout va bien se passer.
9h30 : Michelle me rappelle. Finalement, il y a peut être un micro-problème, « un incident, une bêtise » (non, la jument grise va très bien). Les cartons d’invitations ne sont pas partis.
 « Mais pourquoi, ne sont-ils pas partis ? »
« Parce que le service du Protocole ne les a pas rédigés », m’explique logiquement Michelle. « Il va falloir téléphoner à Jeanine, du service du Protocole ».

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            (To be continued)
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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Vendredi 16 novembre 2007
 
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L’une de clés de la réussite au boulot est de donner une impression d’intense activité intellectuelle. A peine arrivée, je retourne mon sac et en étale consciencieusement le contenu sur le bureau. Dossiers, articles spécialisés, clé USB, agenda, crayons, brouillon, chemise cartonnée. Il n’y a bientôt plus 1 cm carré de libre.
 
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Les choses sérieuses peuvent alors commencer.
Je me connecte à internet et balaye les sujets afin d’éliminer les inutiles
- Newsletter de la Gazette des communes ? Depuis les quelques 27 mois que je reçois cette lettre, la webmastrice n’a jamais réussi à l’envoyer au bon format. Illisible, donc.
- Vous êtes conviée à un colloque sur « La remise en question du management des collectivités territoriales à l’heure des pôles de compétitivité ». Merci. Mais non merci.
- Voulez-vous participer à l’Arbre de Noël de la collectivité ? Uniquement si c’est Benjamin McKenzie qui joue les pères Noël et que je peux m’asseoir sur ses genoux pour une photo (et certainement plus car obligatoirement affinités, non ?)MerryChrismukkah-727228.jpg
           (Récapitulons, Shopgirl prend le brun au centre - avec le pull "rennes", si, si - et je prends le blond à droite)
Après avoir éliminé tous mails-rappels de réunions de travail et autres comités de pilotage – qui prennent certainement plus de temps à rédiger que le compte-rendu de la réunion qui s’ensuivra -, je peux enfin arriver aux choses intéressantes de ma journée de travail.
J’ouvre six fenêtres explorer et lance successivement google, ebay, des sites de fanfictions, des forums, des blogs et l’inévitable popsugar afin de vivre un peu par procuration.
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(Même à l'époque, je réalisais pleinement que la coupe de cheveux, c'était pas ça)
           Jusqu’à une date récente, je me cataloguais agnostique. Depuis mon embauche, j’ai eu la révélation. Je crois en l’internet, en le WIFI, en l’inventeur de l’ADSL. Dans toute ma nouvelle ferveur, je collectionne compulsivement leurs idoles : lecteur MP3, appareil photo numérique, portable, clé USB, scanner...
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Je crois également que les directeurs qui décident d’installer le WIFI dans leurs locaux sont de doux rêveurs. Ou de grands altruistes dotés d’un cynisme sans appel.
Soit des personnes souffrant d’un degré d’irréalisme tel qu’ils sont intimement convaincus que cela va aider leurs services à mieux travailler. Soit des dirigeants désenchantés qui n’attendent plus rien de leurs subordonnés et leur permettent en toute connaissance de cause d’occuper leurs journées agréablement.
 Il y a quelques années de cela, on travaillait plus par ennui que par réelle conviction. Qui se verrait passer des journées entières à jouer au solitaire sur son ordinateur ou à la dame de pique ? Autant finir sa note de synthèse ou boucler son dernier dossier.
Internet ouvre d’incroyables possibilités à qui ne veut rien faire. Pire, il encourage la dispersion. Quand on a la possibilité de faire simultanément ses courses en ligne, de lire les dernières frasques de Britney, tout en chattant avec ses amis, on ne peut raisonnablement pas disposer de temps pour travailler efficacement.
Avec les trente-cinq heures, où voulez-vous honnêtement trouver le temps ?
Ca tombe bien, en collectivités, ce n’est pas pour cela que vous avez été engagés !
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Cours de Pipeautique
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Mercredi 14 novembre 2007

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            ...Ou ma rencontre du 3ème type avec la plus fervente lectrice du livre présenté ci-dessus....
            
            Patricia est Merdeuf’…et Merdeuf’…mais aussi Merdeuf’ avant tout.
            Il suffit d’entrer dans son bureau pour le réaliser pleinement : ce dernier ressemble au mieux à un musée dédié à son fils, au pire à la cave d’un fétichiste pédophile. De la photo du cordon ombilical (sic…voire sick, non ?) aux images soigneusement légendées d’une crevette rougeaude et bouffie « Gustave à 12 minutes !!! », d’un bébé vagissant « Maman, j’ai faim !!! » ou recouvert d’une substance blanchâtre « Gustave après avoir mal taillé une pipe à son boyfriend mange tout seul !!! Le grand garçon !!! ».

  Son sujet de conversation préféré, son seul sujet de conversation du reste, est son fils, sa vie, son œuvre. Vous l’aurez compris : Patricia est Gustavo-centrée
 Par pur altruisme – je ne vois que ça -, elle nous a fait partager chaque instant de sa grossesse : des nausées aux ballonnements en passant par les hémorroïdes et les vergetures. 
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Régulièrement, alors qu’on ne lui demande rien, elle pose la main sur son ventre et s’exclame, les yeux roulottés d’amour, « l’accouchement a été le plus beau moment de ma vie ».

Personnellement, après les 2 premières minutes de son récit, j’étais à deux doigts de courir me faire ligaturer les trompes.
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            Parce qu’elle allaite encore Gustave - à 18 mois passés by the way- ses seuls rudiments d’anglais sont « Breast is best »…Un peu léger lorsque débarque une délégation anglophone mais suffisant pour déclencher l’hilarité des rares éléments mâles du service.
 Lorsqu’elle déboule dans votre bureau pour vous demander dieu sait quelle ânerie, elle s’agenouille près de votre siège et s’adresse à vous avec des intonations mièvres semblables à celles qu’elle doit utiliser lorsqu’elle explique à Gustave que « non, choupinou, on fait caca dans le pot, pas par terre » en rythmant le tout avec son index tendu, tête légèrement penchée.
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           Parce que pour élever un enfant, il faut des experts, Gustave a ainsi un emploi du temps plus chargé que sa mère (ok, ce n’est pas difficile) : pédiatre, homéopathe, naturopathe, orthophoniste, bébé nageur, gymnastique « maman et moi »…
A la machine à café, elle se lance dans la description des symptômes de la dernière maladie en date de son fils, maladie à côté de laquelle la grippe aviaire fait figure de petit rhume inoffensif. Je me demande comment une personne capable d’oublier une consigne cinq minutes après qu’on la lui a donnée peut se souvenir avec autant de précisions du contenu de chaque kleenex de son rejeton.
Lorsqu’on sort déjeuner en laissant l’ordinateur allumé, elle déboule, ventre à terre, et nous abreuve d’une leçon d’écologie. « Je dois bien ça à Gustave » énonce-t-elle, la voix tremblante avant de se lancer dans une leçon d’écologie à faire pâlir Nicolas Hulot car « parfaitement », nous sommes « des monstres d’égoïsmes, nous allons ruiner la planète », éructe-t-elle en lançant un regard mauvais sur notre ventre, indicateur évident que non, nous n’allons pas rejoindre la caste des Merdeuf’ de sitôt.
Après avoir fait étalage de la rare science qu’elle maîtrise à peu près, elle attrape 100 Recettes pour booster l'intelligence de votre enfant
Pauvre Patricia ! J’ai presque envie de lui dire qu’au vu du patrimoine génétique de Junior, elle aura beau le gaver de poisson boosteur d’intelligence sur coulis de soja bio et d'oméga 15, le handicap de base ne sera jamais surmonté.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Le Freakshow
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Mardi 13 novembre 2007
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            La réunion de service débutant à 11h00 tapantes, le service commence à se mouvoir péniblement vers la salle de réunion dès 11h10. Les Assistantes et Léon se précipitent dehors pour fumer une dernière cigarette afin de « décompresser », expliquent-ils.
{Décompresser de quoi ?}
 
11h20 : deux chefs sioux et leur horde de chargées de mission commencent à entrer un par un dans la salle de réunion. 
            Le Montagnard est « en réunion à l’extérieur ». Nous ne verrons jamais de compte-rendu de ses réunions à l’extérieur. Jamais. Juste des fiches de frais de mission avec des notes conséquentes de déjeuners et de transports en 1ère classe – ...
Cathy débarque en pantalon de cuir…ma sous-culture aidant, je m’étrangle de rire dans mon café (servi dans un gobelet de maïs recyclable…mais j’y reviendrais car cette merveille technologique qui fond dès que le breuvage contenu dépasse 30° mérite amplement un post à elle toute seule)
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           Ces réunions de service ont à mon sens l’unique avantage de récapituler les principaux points de toutes les réunions auxquelles vous n’avez pas eu envie de vous déplacer et/ou pendant lesquelles vous avez feuilleté Cosmo/rempli des grilles de Sudoku/envoyé des SMS au seul type potable de la collectivité/établi votre liste de courses... La très grande majorité, dans mon cas.
Cheffette Sioux n°3 s’installe à côté de The Boss, suffisamment près pour pouvoir lui lécher le cul.         kissass.jpg















           De l’autre côté, la Vraie Fausse Centenaire joue les scribes et dégaine son bic, prête à retranscrire fidèlement toutes les âneries qui auront été débitées.
Même si cela fait plus de 10 jours que la nouvelle stagiaire erre de bureau en bureau, The Boss tient à prendre 5 minutes au début de la réunion pour nous la présenter officiellement. C’est son côté régalien.
The Boss se lance dans la description des fonctions de chacun : trois pôles dirigés respectivement par Le Montagnard, Hulkette et L’Intrigante. Les chargés de mission de ces trois pôles. Les assistantes des pôles (savoir qui est l’assistante de quel pôle est une question à laquelle j’ai depuis longtemps arrêté de chercher une réponse). The Boss finit par son staff perso : son secrétariat et sa chargée de mission « transversale » - qui récupère tous les dossiers à la con dont personne ne veut -, aka moi. La stagiaire hoche la tête et prend un air intéressé.

              Il va falloir que j’aille lui parler et lui exposer Ma Vérité rapidement à cette petite.

              L’exposé s’achève dans un entremêlement de termes barbares : « projet de service », « objectif à court terme », « évaluation », « prospective », « benchmarking », « management »…
C’est tellement éloigné de la réalité que je me demande un instant si c’est bien de notre service  dont il est question.
Elle enchaine logiquement sur la seule chose qui intéresse réellement l’équipe à savoir les congés de Noël. Hulkette récemment nommée chef de service décide de marquer son territoire dès le début. Elle lève la patte la main et dégaine son game-boy (clin d’œil à Laquais A…) palm-pilot et commence à répartir les congés et les permanences au sein de son service.
  Léon s’interrompt subitement dans sa tâche du moment – dessiner des ronds sur son agenda – et se redresse péniblement. Avec lui, le principe de bienséance du 19ème siècle qui interdit « d’offenser le dos de sa chaise » a visiblement sauté. Léon n’est pas assis, mais affalé sur sa chaise, sa main potelée soutenant sa tête. Il marmonne que non, le 24, il ne peut être au bureau. Il part à l’étranger le 21 et n’en revient que début janvier, donc le 24, on ne peut pas compter sur lui.
 Pris d’un sursaut de réalisme, The Boss explique que consacrer la réunion de service à la pose des congés n’est pas franchement une priorité et se tourne vers L’intrigante qui n’attendait que ça pour se lancer. 
            Elle démarre sur les chapeaux de roues. Elle est "débordée, over-bookée, elle ne pose pas les pieds par terre, elle n’y arrivera jamais, rapport aux incompétents des autres services qui font qu’elle doit TOUT reprendre et elle ne dort plus et si ça continue elle va se faire mettre en arrêt maladie et tout le monde l’aura bien cherché et ils seront contents. Et le dossier Asie qui pose de gros problèmes en ce moment et lui bouffe tout son temps libre et … "
STOP!!!!!!
Le dossier Asie est celui qu’elle m’a aimablement refilé car casse-gueule.
Elle ne connaît le dossier Asie que de nom et empile les notes que je lui transmets dans sa corbeille à recyclage.
(Reconnaissons-lui une certaine écocitoyenneté)
A une attaque frontale - "Sale menteuse, lorsque je t’ai aperçue dans la galerie marchande en sortant de ma réunion, tu n’avais pas l’air si overbookée que ça, assise à la terrasse en train de siroter un coca" - qui alimenterait sa névrose, je préfère la technique de l’aikido, l’accompagnant dans son élan.
« Je sais à quel point le dossier Asie est complexe, mais grâce au travail d’équipe que vous menez, nous allons y arriver. Ensemble. »
Et pour accompagner ma déclamation, je serre les poings.
 D’un coup, tous les regards convergent vers moi. Vaches.jpg

           The Boss hoche la tête avec enthousiasme et se tourne vers moi, les lèvres écartées et les dents serrées pour élaborer ce qu’il doit considérer être un sourire.
Je sens le regard empli d’admiration de la stagiaire se poser sur moi.

            Il faut vraiment que je lui parle à cette petite.
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une desperate fonctionnaire publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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