Bonne question.
En CE1 pourtant, tout était tellement simple : je devais être horticultrice ou ORL, me marier avec Julien, nous aurions trois enfants – 2 garçons, puis 1 fille
qu’il faudrait faire attention à ne pas trop gâter. La petite dernière, c’est toujours délicat de trouver le juste équilibre. Pas plus de 4 cadeaux à Noël. Dont un gros. – nous jouerions au Juste
Prix et remporterions la Super cagnotte pour meubler notre maison, construite sur un rond point.
Je sais.
On est con, quand on est gosse.
Pourtant, je me demande souvent comment cet imparable plan de vie, pourtant écrit soigneusement au stylo plume bleu des mers du Sud
(celui qui ne s’efface MÊME PAS à l’effaceur…si ce n’est pas de l’engagement, ça !) sur nos deux cahiers Clairefontaine jumeaux, a-t-il dégénéré ?
Parce que "dégénéré" est bien le terme : je ne suis jamais passée au Juste Prix (non, je ne regrette rien), j'habite dans une rue
piétonne et je ne conserve de Julien qu'une carte de St Valentin offerte en 6ème. Et je suis devenue bureautière dans la fonction publique territoriale.
Ca n’a pas été par hasard. Encore moins par vocation.
Lorsque j’étais enfant, donc, je voulais être horticultrice. Ou ORL.
Sauf que question main verte, ça n’a jamais été vraiment ça. La seule plante que j’ai possédée a crevé au bout de trois mois. Je ne me plains pas, Jardiland me l’a
remboursée. Le vendeur m’avait garanti qu’ « un ficus, pour démarrer, c’est ce qu’il y a de plus résistant. Je ne connais personne qui en a fait crever un. C’est bien simple, votre
ficus crève avant trois ans, je vous le rembourse in-té-gra-le-ment. »
C’est exactement le genre de défi à la con qu’il ne faut jamais me lancer.
Jamais.
Au bout de trois mois, je ramenais une tige tordue dans un pot. Le vendeur mi-effaré, mi-sceptique l’a regardé une
bonne minute.
« C’est vraiment le ficus que je vous ai vendu ? »
Il a appelé ses deux collègues qui ont regardé feu Angus, le ficus, d’un air admiratif et m’a remboursé intégralement.
Pour ORL, j’ai appris que c’était une spécialité relativement courue. Avec ma chance, au bout de 7 ans d’étude, la seule spécialité qui me serait restée aurait été
proctologue. Dur, d’autant, qu’avec du recul, j’ai déjà du mal à identifier l’origine de mon intérêt pour les soins de trous de nez, alors proctologue…
Le truc, c’est que j’ai toujours été bonne élève.
Pas par réel choix. Plutôt par défaut. Pour paraphraser Florence Forestie, je crois qu'il y a deux catégories de filles dans la
vie, avec d'un côté, celles qui sont populaires, über-entourées, douées pour la vie à deux, qui dès 3 ans étaient invitées aux anniversaires et seront élues Miss Grabataire de leur maison de
retraite et de l’autre, les filles douées pour autre chose, le scrabble, la géométrie spatiale, le macramé...
Et il est très vite devenu évident que malgré tous mes efforts, je n’arriverais jamais à intégrer la première catégorie.
Quand vous ne voyez des fêtes d’anniversaire, puis des rallyes que les photos prises par vos amies (malheureusement trop coincées pour en
organiser elles-mêmes), que vous êtes nulle en sport, que la grande blague de votre prof de dessin est de faire identifier à une classe entière de collégiens ricanant votre dernière œuvre, je
crois qu’être bonne élève est vraiment le seul truc qui vous reste.
La bonélèvitude ne mène pas toujours à la fonction publique, mais bonélèvitude + peur pathologique du chômage sont deux facteurs de risque conséquents.
Donc pour celles et ceux qui ont des enfants, faîtes extrêmement attention. La prévention, il n’y a que ça de vrai.
La majorité des fonctionnaires est recrutée par voie de concours. Ce principe permet de garantir l’accès de tous les citoyens à la fonction publique.
Voilà la vraie bonne nouvelle de ce post : vous pouvez tous et toutes devenir bureautiers !!
Et si vous êtes bon élève, stakhanoviste et dépourvu de toute vie sociale et d’envie de vacances pendant deux années, alors vous pouvez devenir haut bureautier. Et
là, préparez vous à ingurgiter des milliers de pages de droit, d’économie, de finances publiques, de questions européennes avant de les digérer laborieusement pour les recracher en deux parties –
deux sous parties à peu près cohérente le jour J.
Que du bonheur.
Si vous avez recraché correctement vos connaissances, alors vous êtes repartie pour un second round.
Dans la fonction publique tout est en deux parties. Toute tentative de raisonnement en 3 parties est considérée comme
suspect.
Pensée unique sur le fond ET la forme...
Thèse/antithèse
Ordonnateur/comptable
Coconne/cerveau
Et dans le cas des concours, admissibilité/admission.
5 épreuves écrites en 5 jours. 6 oraux en 2 jours. Intensif, non ? Pas d’inquiétude, je caricature à peine en disant qu’on a plus bossé en deux jours pendant
les oraux que pendant les mois de scolarité qui ont suivi.
En fait, les concours de la haute bureauterie, ce sont de véritable anti bandes annonce : ils n’ont strictement rien à voir avec ce que
vous ferez – ou plutôt, ne ferez pas – dans votre vie professionnelle.