
La porte à peine refermée, une version sifflotée du Pont de la Rivière Kwai traversa les murs en PQ.
Mon nouveau QG me rapproche en effet des toilettes pour hommes du service et par conséquent m’expose aux attaques frontales du gang des siffloteurs.
Dans ce service gynécée on ne compte en effet que trois hommes. Plus Balai dans le cul, évidemment.
Comme s’ils voulaient démontrer leur virilité au reste du service, le gang des testostéroneux rivalise d’imagination. Comme ils sont suffisamment urbains pour ne pas marquer leur
territoire à l’urine, ils s’envoient des tapes dans le dos à se décoller la plèvre, fument des cigarillos, racontent leurs derniers exploits sportifs et sifflotent lorsqu’ils ressortent des
toilettes.
Satisfaction de la seule tâche accomplie correctement dans leur journée sans doute
L’entrée d’une Monique au trente-sixième dessous me tira de mes considérations poétiques. L’intrigante, sa boss directe, venait de lui installer Big
Brother à domicile et elle voyait avec terreur sonner le glas de ses années de glandouille effrénée.
- « Tu réalises que la première chose qu’il m’ait dite est qu’il comptait vraiment travailler ! », s’insurgea-t-elle. Avec raison. Intégrer la fonction publique
territoriale avec l’intention de travailler ? Autant s’engager dans la marine en refusant de poser un orteil sur un bateau !
-« Je n’arrive pas à croire que The Boss ait installé l’Œil de Moscou dans mon bureau…que vais-je lui dire lorsque je voudrai le faire sortir pour passer mes coups de
fil ? » s’inquiéta-t-elle.
Effectivement, que dire à ce pauvre Balai dans le Cul ?
Clair et net : « excuse-moi, j’ai besoin de passer un coup de téléphone, pourrais-tu me laisser seule durant ce temps ? »
Astucieux : « the boss a demandé au pole international de reprographier ces dossiers en 200 exemplaires. Coconne est en congé, tu peux t’en
charger ? »
CIA-esque : « ce coup de téléphone est confidentiel, pour ta sécurité, mieux vaut que tu ne saches rien de ce qu’il s’est dit. »
Mulderienne : « je ne fais confiance à personne, peux-tu me laisser seule, le temps que je téléphone ? »
Sarkozyste : « je téléphone, casse-toi, pauvre con ! »
Bayrouesque : 2 baffes
Panafieurien : « tocard, sors ! »
Lui répondra-t-il "va te faire foutre pétasse?"
Considérant les différentes alternatives que je lui proposais, Monique parcourut du regard ma nouvelle
antre.
-« Pourquoi y-a-t-il un pied de lit dans ton nouveau bureau ? » s’inquiéta-t-elle finalement.
-« Probablement parce que mon prédécesseur n’avait pas les mêmes ambitions que Balai dans le cul, » proposai-je en repêchant sous le bureau une boîte de Quality Street
vide et une chaussette beige, cadeaux de bienvenue.
-« Comment comptes-tu aménager ton tonneau, Diogène ? »
-« Vous voyez, tous les cartons, les dossiers estampillés « à conserver », les pieds de lit, les feutres secs et les posters de la collectivité et du
Don ? »
-« C’est assez visible. »
-« Pou-belle. »
-« Il y a sans doute des papiers importants à garder, tu peux pas faire ça. »
On parie ?
Qui pipeaute désormais tranquillement dans un espace vide ?