(George
Perros)
Corolaire : inventons-nous des drames, ça fera passer le
temps
S’il est un moment que je chéris tout particulièrement dans la semaine, c’est bien la réunion de service. C’est donc avec l’enthousiasme qui s’impose que je me traînai dans la salle de réunion en ce beau lundi matin. Réunion d’autant plus enthousiasmante qu’elle était égayée par le bonheur incommensurable d’avoir récupéré Patricia après un congé maternité ayant sérieusement ébranlé mes certitudes en matière de biologie et de congés payés.
Dans ma naïveté de nullipare, je pensais qu’il se limitait à 16 semaines lorsqu’il n’y avait aucun problème particulier.
Pas 14 mois.
Parfois, ma stupidité m’effare.
Un bonheur ne venant jamais seul, cette réunion de service est également le moment tant attendu de l’intronisation de Balai dans le Cul dans ses fonctions de ‘on ne sait pas trop quoi, puisque le poste qu’on voulait vous refiler n’est finalement pas libre’, the Boss nous présentant sa nouvelle recrue comme « chargé de mission coopération ».
Ne me demandez pas pourquoi, et surtout ne le lui demandez pas non plus, je crois que ça lui est venu comme ça. Probablement une muse administrative qui, suivant l’exemple de notre grand Chef Sioux, s’est consciencieusement avinée avant de venir en réunion et de susurrer l’appellation à The Boss.
Pendant que The Boss trouve des arguments à ce nouveau gaspillage des deniers publics, Balai dans le Cul, véritable publicité du Locked-in syndrom, semble désireux de repousser les limites de l’immobilisme. A se demander s’il est réellement conscient de ce qui se passe autour de lui.
Comme tous les lundis matin, le jeu du « c’est moi qui me ferai le plus mousser cette semaine » fait rage lorsque Cathy l’interrompt froidement. Elle ne veut pas pourrir l’ambiance, nous annonce-t-elle, mais l’heure est grave. Lors d’une réunion dans un autre bâtiment il a été impossible d’avoir du café, les assistantes de notre service refusant d’apporter le dit breuvage depuis notre bâtiment et les assistantes du bâtiment dans lequel se tenait la réunion refusant de préparer du café pour un autre service. Et elle espère bien trouver rapidement une solution à ce problème diplomatique de premier ordre qui, à entendre ses glapissements d’indignation, repousse la crise tibétaine au rang de querelle sans importance.
L’émoi qui s’en suivit fut inversement proportionnel à l’objet. Alors qu’on entend une mouche voler lorsque The Boss propose de lancer un groupe de travail (qui est pourtant à l’effort intellectuel ce que les prisons afghanes sont aux droits de l’homme), l’aréopage de dindes territoriales se déchaîna. Les suggestions administratives fusèrent : devait-on préparer une note au Grand Chef sioux pour qu’il oblige l’odieux service à préparer du café ? Pourquoi ne pas commander via les Marchés publics une cafetière supplémentaire dans un sac à roulettes pour le transporter d’un bâtiment à l’autre ? Devait-on exiger un déménagement dans un bâtiment disposant d’une salle de réunion plus grande ?
The Boss a à peine le temps
d’exposer son plan de bataille que Cathy expose le second drame. Lorsqu’il pleut, les dalles disjointes favorisent la formation de mares dans lesquelles il arrive que l’on se mouille les
pieds.
Après ça, que l’on ne vienne pas me dire qu’on n’a pas de vrais problèmes dans la fonction publique territoriale.