Dimanche 6 avril 2008

             Je pense que vous l’avez compris, s’il est une catégorie de personnes qui, dans la collectivité territoriale où je sévis, ont droit à mon respect le plus profond, ce sont bien les chiottards.

             Parmi leurs ô combien nombreuses fonctions d’importance, ils sont chargés de faire signer aux élus des notes ou des lettres – en règle générale, les lettres d’apparat dont la valeur juridique est inversement proportionnelle à l’intérêt réel de ces lettres pour la collectivité -  auparavant installées par un système révolutionnant la technique – attachées par deux trombones - dans des parapheurs, sortes de classeurs sans anneaux aux couvertures rougeâtres vieillottes censés incarner la solennité du service public.

 


                                   

                           Parfois, dans un éclair de lucidité, Coconne rajoute un post it avec  Merci de faire signer toutes les lettres du parapheur...

            Parce qu’évidemment, poser un parapheur sur le bureau de l’assistante d’un élu est encore très largement au-dessus des moyens des chiottards.  Dans le meilleur des cas, le parapheur nous revient signé deux bonnes semaines après qu’on leur a envoyé.  En règle générale, il est perdu ou revient avec une lettre signée sur deux (moyenne haute, évidemment).

            Nous sommes donc régulièrement abreuvés de mails affolés des divers services et intitulés « Parapheur égaré urgent »

La Direction du Développement durable  est à la recherche d'un parapheur contenant un courrier adressé à :
Monsieur le Président de Y
Ayant pour objet : "la sodomie des phalènes en Basse Normandie"
mis à la signature du DGS
et contenant des photographies compromettantes

Si vous trouvez ce parapheur veuillez contacter Yvette au  poste 1234
merçi

         Nous sommes polis dans la FPT.

         Dysorthographiques, mais polis.

                       L’art de la cédille n’est pas à la portée de tout le monde.


                  Comme l’a dit Coconne, philosophe « parfois, j’ai l’impression qu’ils sont un peu bêtas au cabinet », appréciation, qui, dans le référentiel Coconnien, prend tout son sens.

 

         Il arrive parfois qu’une lettre doive être signée de manière urgente.  Enfin, « de manière urgente en collectivité », soit sous dix jours. Tout est relatif.

         Sauf que dix jours, pour faire signer un malheureux papier est encore trop court pour le cabinet qui, lorsqu’on s’inquiète du devenir du parapheur, n’hésite pas à brandir mille excuses qui trahissent l’absence totale de regrets : le régulier « il va revenir sous peu », l’incontournable « le Don est débordé en ce moment », le sublime "il ne faut pas confondre vitesse et précipitation" et son cortège de litotes, euphémismes, omissions, antiphrases et autres façons de détourner l’ire des services de leur légendaire inefficacité.

         Services qui décident parfois de prendre les choses en main d’une façon…heu…peu orthodoxe…

         Ok, illégale.

         Mais nous avons tellement peu l’occasion de nous servir de ce que l’on a appris au cours de nos études, que nous ne pouvons que sauter sur les rares occasions qui se présentent. Or, il y a de cela fort longtemps, à l’ère jurassique pré-wikipédienne, où nous mangions des Raiders  - deux doigts coupe-faim – et écoutions des K7 dans un walkman,  nous devions décalquer à la vitre des fonds de carte pour nos cours de géographie…

         Vous devinez la suite ?

         Une vitre, une ancienne lettre signée, la lettre à signer, un collègue pour faire le guet…

          Faussaires? Heu, oui...Mais au nom du bon fonctionnement du service public!

 

         (Avant que de braves âmes ne me collent les RG aux fesses, je signale que cette méthode est  à ma connaissance et dans le service dans lequel je sévis uniquement utilisée pour des courriers d’apparat ( = sans valeur, n’engageant pas les deniers publics, ni ayant valeur juridique) à faxer rapidement et qui précéderont l’original, signée de la blanche main de l’Elu sur du papier tellement officiel et lourd qu'il aura coûté la vie à une quinzaine d'arbres.)
par Eloge de la Pipeautique ou l'univers d'une despera publié dans : Les Tribulations d'une bureautière au bureau
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